Tour de Catalogne 2016

C’était une Volta éprouvante, comme toutes les courses par étapes en montagne à la sortie de l’hiver. Je me suis cassé les jambes d’entrée vers Ripoll. Les premiers grands cols de l’année sont toujours traumatisants pour l’organisme. Honnêtement, j’ai trouvé Pla d’en Plata très dur à gravir en fin de journée alors qu’en réalité il n’y avait que 6 kilomètres à 8%... Le deuxième jour a été pire car cela ne faisait que monter et descendre toute la journée. Je connaissais mal le profil de l’étape aussi. Je ne pensais pas que le Cap del Rec, là où Kilian Jornet a grandi, était aussi long et dur à escalader. A Aransa, je ne savais pas non plus qu’il fallait tirer six kilomètres de plus jusqu’à la station de ski au dessus du pueblo... La troisième étape a été également gigantesque. Le pied du port de Cantó m’a fait mal et lorsque je me suis retrouvé deux heures plus tard dans Port Ainé, c’était un peu sauve qui peut. J’ai tout fait au mental. En haut, j’étais fier car Port Ainé est une montée mythique de Catalogne que j’espérais faire depuis tellement longtemps... J’ai commencé à mieux respirer le quatrième jour vers Villaler, même si le temps a commencé à se gâter. Sallente et ses 26 kilomètres de montée, ce n’était pas de la tarte... Après, il y a eu ce 21 avril apocalyptique. J’aurai espéré une meilleure météo pour mes 33 ans mais, au fond de moi, je savais que je ne lâcherai rien. J’ai repensé à 2012 en Andorre lorsque j’avais abandonné ma première Volta à la Gallina, massacré par le déluge. Là, je savais qu’il pourrait tout y avoir contre moi, je n’abandonnerai pas, pas le jour de mon anniversaire. J’ai pris cher d’entrée dans Montanuy et Bonansa. J’étais transi de froid alors je me suis réchauffé dans une station service avant de repartir à la guerre vers Boí Taüll. C’était un grand moment de cyclisme de monter à 2000 mètres dans ces conditions dantesques. Je m’en souviendrai toute ma vie. J’ai fini ce récital de violence au lac de Cavallers, un des endroits les plus purs des Pyrénées que j’ai eu la chance de gravir... Après cinq jours en haute montagne, je suis descendu sur Lérida. Une longue étape de 165 kilomètres dure avec encore la pluie et des petits cols vicieux comme Montllobar et Ager... Ensuite, j’ai roulé comme un sauvage vers Tarragona car j’avais un train à prendre absolument le soir pour Gerona. J’ai monté très fort Baltasana avant de finir à 50 km/h sur l’autovía entre Reus et Tarragona. C’était n’importe quoi... Le dernier jour, une tramontane démentielle m’a rendu fou toute la journée. J’ai fini lessivé à Cerbère après 110 kilomètres bouclés à seulement 18 km/h de moyenne. Je n’ai jamais aimé rouler dans cette région de la Catalogne. Entre la pluie et le vent, il fait souvent mauvais ici. Je l’ai encore constaté en finissant cette Volta...

Sur huit étapes, j’en ai couru cinq en haute montagne, deux en moyenne montagne et seulement une en plaine, le dernier jour avec le vent dans la gueule... Sur la Volta officielle, il n’y a que deux grandes étapes de montagne. Mais, moi, je ne conçois pas cette course en paradant quotidiennement le long de la Costa Brava ou Dorada. Les Pyrénées sont juste derrière, il faut aller se mesurer à elles pour donner du sens à sa course. Cela a a parfois ses limites comme la cinquième étape apocalyptique de cette année dans le vall de Boí. Pour monter à plus de 2000 mètres sous la pluie, la neige et la grêle, il faut avoir un sacré mental. Le déluge m’a coûté un abandon sur la Volta 2012 et compliqué grandement la tâche en 2013. Avec le malo tiempo, j’avais explosé mon pneu arrière dans la descente de Collfred et enrayé la manette commandant mon dérailleur avant. J’avais fini sur une roue comme sur un plateau cette course. A bout de nerfs, j’étais même tombé dans un fossé à 15 kilomètres de l’arrivée à Perpignan. Lorsque tu viens ici en avril, tu sais que tu vas recevoir. Mais à la fin, quelle fierté d’avoir survécu à tous ces obstacles ! Et surtout quelle confiance emmagasinée en vue des courses à venir au printemps...

Enchaîner Nice et Catalogne à deux semaines d’intervalle comme les pros, c’était quelque chose qui me tenait à cœur depuis longtemps. J’ai tellement pris de coups sur la Volta en 2012 et 2013 que j’ai mis du temps à me convaincre de revenir ici. Je savais aussi que ça serait, quoiqu’il arrive, ma dernière Volta et que, par conséquent, je me devais d’en faire une grande, encore plus grande que celle de 2013. Car cette course en avril est complètement déraisonnable et surtout car j’ai monté 98% des ascensions de cette région d’Espagne. Hormis Pal, Tavascan et Vielha, je suis à jour. Je reviendrai faire ces dernières montées sur une course par étapes moins engageante dans les Pyrénées à l’avenir mais pas tout de suite. Là, je savoure juste cette folle Volta a Catalunya dans la foulée d’un Paris - Nice difficile...



  • Les étapes :

17/04/16 : Perpignan - Ripoll, 135 km
Col de la Seille 1185m - Col de la Guille 1194m - Col d'Ares 1513m - Pla d'en Plata 1360m

18/04/16 : La Molina - Estamariu, 128 km
Eller 1447m - Cobarriu de la Llosa 1560m - Viliella 1550m - Refugi Cap del Rec 1986m - Estación de Aransa 1850m - Estamariu 1084m

19/04/16 : Estamariu - Port Ainé, 126 km
Bescaran 1360m - Port de Cantó 1725m - Port Ainé 1967m

20/04/16 : Sort - Vilaller, 132 km
Embalse de Sallente 1770m - Coll de Perves 1339m - Viu de Llevata 1230m

21/04/16 : Vilaller - Embalse de Cavallers, 120 km
Puerto de Faro de Montanuy 1377m - Puerto de Bonansa 1334m - Estación de Boí Taüll 2030m - Embalse de Cavallers 1760m

22/04/16 : Vilaller - Lérida, 165 km
Coll de Montllobar 1050m

23/04/16 : Lérida - Tarragona, 133 km
Tossal de Baltasana 1029m

24/04/16 : Gerona - Cerbère, 110 km

 

  • Total : Perpignan - Cerbère par Ripoll, Estamariu, Sort, Vilaller, Lérida, Tarragona et Gerona, 1049 kilomètres parcourus et 22 cols escaladés en 8 jours !

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Km 082, Col d'Ares (66) Km 211, Refugi Cap del Rec (Espagne) Km 389, Port Ainé (Espagne) Km 606, Estación de Boí Taüll (Espagne)
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