Tour d'Allemagne 2016


C’était ma 49ème course par étapes en carrière et assurément la plus dure que j’ai eue à affronter au niveau de la météo. Il a plu les six premiers jours dont deux sans discontinuité lorsqu’on était en montagne, là où c’est le plus dur. Quand tu prends de la flotte sur la gueule toute la journée avec le thermomètre qui oscille entre cinq et dix degrés, tu as le temps de broyer du noir... Tout homme normalement constitué aurait arrêté ou fini à l’hôpital. Nous, on a préféré continuer coûte que coûte. Ne nous demandez pas pourquoi ! Le vélo, c’est comme la vie. Quand ça va mal, tu serres les dents en attendant une éclaircie à l’horizon. Le problème, c’est qu’elle n’est jamais vraiment arrivée. Dès le deuxième jour, on était rincés sur l’étape de Stein am Rhein. Nos bike ne freinaient plus en descendant de la Forêt Noire, les chaussées étaient inondées, les voitures se rentraient dedans en aquaplaning. Ce n’était plus du vélo, mais juste de la survie. Cela a continué le lendemain vers Oberstdorf. On ne voyait pas à deux cent mètres le long du lac de Constance. On est passés en Autriche sous le déluge, on ne trouvait pas notre route car rien n’est indiqué correctement dans le Vorarlberg. Franchement, gravir le Riedbergpass à 1407 mètres d’altitude, plus haut col d’Allemagne, à 20 heures sous le déluge avec la nuit qui tombe, c’était particulier. On a eu une légère accalmie le quatrième jour dans le Tyrol. Heureusement car c’était l’étape reine avec sept cols alpestres au programme vers Leutasch. J’ai commencé à ressentir de vives douleurs à la selle et aux genoux à cause du froid et de la pluie. Je ne pouvais plus forcer en montagne. Le Büchnerhöhe avec ses 8 kilomètres à 9% depuis Telfs m’a achevé en fin de journée. Surtout quand j’ai basculé là-haut sous la neige. Il ne faisait pas beau le dimanche en sortant des Alpes vers Munich. Ni encore le lendemain vers Ingolstadt où l'on s’est abrités une heure sous un porche de fortune à Pfaffenhofen pour éviter les intempéries. Il n’a pas plu les deux dernières étapes mais avec le froid et le vent de face, c’était encore compliqué. Quand je suis arrivé à Stuttgart, dans cette ville industrielle, sans charme, et en perpétuels travaux, j’étais juste heureux de descendre de vélo...

Même si j’ai des origines lointaines, je n’aime pas ce pays. Hormis le vaste réseau de pistes cyclables, il n’y a rien de bien intéressant en Allemagne pour moi. La nourriture n’est pas terrible, les hôtels sont chers, le climat est mauvais, la langue est épouvantable à parler, les mecs promènent leurs grosses voitures toute la journée comme on sort son chien. Les Alpes commencent là où l’Allemagne s’arrête, si bien que les organisateurs du Deutschland Tour sont obligés de délocaliser des étapes en Autriche pour le spectacle... Hormis travailler et se faire exploiter par la politique ultra-libérale d’Angela, la mal nommée, il n’y a vraiment rien à faire dans ce pays. Ma cousine me l’avait déjà dit à Mayence il y a huit ans lorsque j’avais fait Paris-Francfort. C’était alors ma première grande course par étapes à 25 ans. J’en ai fait vingt-deux autres depuis mais ma vision allemande n’a pas vraiment évolué. Je préfère vivre en Espagne ou en Italie comme chômeur sous le soleil de la Méditerranée que cadre supérieur dans un building à Rostock avec la grisaille de la Baltique en toile de fond...

Je sors extrêmement fatigué de ce Tour d’Allemagne. Plus par les conditions météorologiques dantesques que par la réelle difficulté du parcours. J’ai eu une angine début mai qui a largement perturbé ma préparation. Je tombe Outre-Rhin sur la pire semaine du calendrier. Malgré tout, je survis... mais à quel prix. J’ai la selle en feu, je ne peux plus m’asseoir, mes genoux crient de partout, ce n’est absolument pas la fête. Dans sept jours, c’est le départ de la Vuelta et je sais déjà que je serai contraint de me présenter en Espagne sans le moindre entraînement depuis Stuttgart pour maximaliser mes chances de récupération comme de guérison cette semaine...

Après tout ce que j’ai dû affronter en Allemagne, je courrai la Vuelta au jour le jour, sans réelle ambition. Tout le monde m’a suggéré d’abandonner le Deutschland Tour pour préserver l’intérêt supérieur de la Vuelta, mon grand objectif du printemps. Mais diable que c’est difficile d’abandonner une course par étapes mythique auquel tu songes depuis des mois lorsque tu es enragé comme moi ou mon équipier Karim ! J’ai peut-être fait une erreur en n’arrêtant pas ici mais, quoiqu’il arrive demain, j’assumerai mon choix en Espagne. Je n’étais pas censé savoir que l’hiver s’inviterait en mai dans les Alpes. Comme je ne sais pas de quoi demain sera fait dans la péninsule ibérique. Il pourrait faire 10 comme 40 degrés dans douze jours à Oviedo... De plus, on m’a toujours dit qu’il faut savoir se servir quand la soupe est devant soi. C’était un Tour d’Allemagne inhumain mais je l’ai quand même décroché. Cela reste le plus important. Demain est un autre jour. J’ai encore une semaine pour me remettre sur pied. Et j’ai suffisamment d’expérience pour commencer doucement en Castille-et-León avant d’éventuellement accélérer en Galice si la forme revient...


  • Les étapes :

11/05/16 : Mulhouse - Fribourg en Brisgau, 126 km
Kreuzweg 1071m - Todtnauberg 1009m - Notschrei 1120m - Schauinsland 1200m

12/05/16 : Kirchzarten - Stein am Rhein, 169 km
Rotkreuz 1001m - Fischbacher Höhe 1055m - Hochstaufen 1031m

13/05/16 : Constance - Oberstdorf, 150 km
Riedbergpass 1407m

14/05/16 : Oberstdorf - Leutasch, 145 km
Oberjochpass 1179m - Gaichtpass 1083m - Lähn 1106m - Fernpass 1216m - Arzkasten 1151m - Holzleitensattel 1119m - Büchnerhöhe 1256m

15/05/16 : Leutasch - Munich, 124 km

16/05/16 : Munich - Grossmehring, 122 km

17/05/16 : Grossmehring - Lauingen, 121 km

18/05/16 : Ulm - Stuttgart, 115 km

 

  • Total : Mulhouse - Stuttgart par Fribourg en Brisgau, Constance, Oberstdorf, Leutasch, Munich, Grossmehring et Ulm, 1072 kilomètres parcourus et 15 cols escaladés en 8 jours !




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Km 092, Todtnauberg (Allemagne) Km 295, Constance (Allemagne) Km 482, Oberjochpass (Autriche) Km 528, Heiterwang (Autriche) Km 523, Walchensee (Allemagne) Km 614, Munich (Allemagne) Km 895, Donauwörth (Allemagne) Km 989, Blaubeuren (Allemagne) Km 1039, Wendligen (Allemagne) Km 1072, Stuttgart (Allemagne)
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