Tour de la Péninsule Ibérique 2017

C'était un Grand Tour qui s'est déroulé en cinq parties bien distinctes. La première partie de Hendaye à la Galice s'est bien passée car il n'y avait pas de vent et qu'il faisait beau. J'ai monté trois grands cols pour me mettre en jambe dans la cordillère Cantabrique. De Bilbao à Oviedo, tout allait bien. Cela s'est gâté de la Galice à Aveiro, au centre du Portugal. J'ai dû affronter quatre étapes et près de 550 kilomètres avec un fort vent de face et beaucoup de pluie. J'ai traversé Santiago de Compostela sous le déluge. A Porto, une bretelle de mon sac à dos s'est déchirée. J'ai dû faire 80 kilomètres avec une seule bretelle avant de pouvoir en acheter un nouveau. Psychologiquement, j'étais au plus bas après neuf jours de course. Je mentirais si je disais que je n'ai pas eu envie d'arrêter à ce moment-là tellement je souffrais face à l'hostilité des éléments... Aveiro marque un grand tournant car je retrouve un sac à dos et le vent du sud cesse pour passer de secteur nord donc dans mon dos. C'est le début de la troisième partie de ce Grand Tour qui me mène de façon express en Algarve. Il fait beau tous les jours et le vent me pousse grave. Je progresse très vite comme je retrouve progressivement le moral, même si le Portugal est un pays extrêmement hostile aux coureurs cyclistes. Quand je bifurque à Lagos au bout de l'Europe, je reprends du vent défavorable. Cela durera jusqu'à Torrevieja en Communauté de Valence. Dans cette quatrième partie, je suis amené à devoir gérer des problèmes de genoux dus à la fatigue générale que je résolve en partie en modifiant ma hauteur de selle. Puis il y a le câble de mon changement de vitesse qui cède après Nerja en Andalousie. Et là, c'est peut-être le moment le plus difficile du Tour car je crie à l'injustice, à la malédiction. Je n'ai jamais cassé un câble de changement de vitesse en 17 ans de vélo. Pourquoi cède t-il sur le plus grand défi de ma carrière ? Pendant 40 kilomètres, je suis contraint de monter toutes les côtes du bord de mer sur le 34x11, ravivant mes douleurs aux genoux. Heureusement juste avant Motril, un jeune et gentil vélociste me sauve la vie en changeant ce câble de malheur. Je dois cependant m'asseoir sur un nouveau 200 kilomètres dans l'opération. Le lendemain, je cuis littéralement dans le désert de Tabernas. 35 km/h de vent contraire comme 35 degrés à l'ombre. Mentalement, c'est un supplice. Mais quand je finis par basculer sur Garrucha à la tombée de la nuit, je respire. L'Andalousie est une région gigantesque et lorsque j'en sors le lendemain, c'est un peu comme si j’apercevais le bout du tunnel. A Torrevieja, à l'attaque de la cinquième et dernière partie du Tour, je franchis le cap des 3 000 kilomètres. Psychologiquement, cela me fait beaucoup de bien. Comme de me retrouver au corps à corps avec la montagne dans Tudons et Valdelinares. La montagne, c'est mon repère. Sur ce Tour de la Péninsule Ibérique, il en manquait cruellement et cela m'a parfois déboussolé. Quand je descends enfin des massifs aragonais, je n'ai plus à réfléchir, je jette juste mes dernières forces dans la bataille. 176 kilomètres, 185 kilomètres avant 283 kilomètres en Catalogne pour finir, c'est juste énorme !

J'ai mis fin à une vieille polémique qui prétendait que je ne parcourais que 3 000 des 3 500 kilomètres prévus au programme du Tour de France officiel. Des vieux jaloux sous-entendaient par là que je n'avais pas le niveau pour faire 3 500 kilomètres. Ils avaient en partie raison puisque je n'ai pas fait 3 500 kilomètres dans la Péninsule Ibérique mais 4 100. De plus, je les ai fait hors de France seul et sans la moindre assistance. Je crois que la polémique est définitivement close ce soir... Après, 4 107 kilomètres c'est juste irréel car cela représente une moyenne journalière de 158 kilomètres. Quand j'ai fini dans la nuit à Perpignan et que j'ai vu le chiffre 4 107 bornes à mon compteur, j'ai repensé à Nantes le 15 juin 2006 lorsque j'avais fracassé 407 bornes au bout d'une longue journée en Val de Loire. J'ai trouvé le parallèle vraiment sympa. J'aime le hasard des chiffres qui te rappelle tôt ou tard ta propre histoire car justement ce n'est pas un hasard ! Cela m'a convaincu d'arrêter la Péninsule Ibérique là car à un moment je me suis dit que j'allais tourner une heure sur le rond-point du Formule 1 de Perpignan pour mettre 300 kilomètres le dernier jour...

Il faut savoir qu'il y a seulement trois champions cyclistes qui m'ont inspiré dans ma vie : Fausto Coppi, Jacques Anquetil et Eddy Merckx. Le record de 11 victoires en Grand Tour appartient à Eddy pour l'éternité. Alors même si ce que je fais n'a strictement rien à voir avec le cyclisme professionnel, et encore moins avec celui des champions, j'aime établir des parallèles pour stimuler encore davantage ma motivation. Il y a encore quatre ans ce chiffre de 11 Grands Tours me semblait complètement hors de portée. Et puis en bouclant les trois Grands Tours en 2014, j'ai sérieusement commencé à l'envisager. Les deux dernières années que j'ai traversées ont été difficiles avec une blessure à la jambe droite vicieuse et une difficile rupture amoureuse. Je suis moralement tombé très bas et je doutais de mes capacités à retrouver mon meilleur niveau, celui de 2013-2014. En fracassant cette Péninsule Ibérique, je redeviens seulement totalement moi-même... Rouler quatre semaines pour rentrer plus de 4 000 bornes, j'y pensais depuis un bon moment mais je n'étais clairement pas prêt dans ma tête à relever le défi. Cet hiver, il y a eu un déclic. Avec mes proches, j'ai fini par me laisser convaincre que je pouvais le faire. Mais pour cela, il fallait aller de l'autre côté des Pyrénées pour des tonnes de raisons. J'ai passé trois semaines géniales en Espagne auprès des Castillans qui m'ont permis de tenir, de garder le cap. La grande difficulté de ce Tour, c'était la deuxième semaine au Portugal, dans ce pays du tiers monde où les automobilistes ne respectent rien, surtout pas les coureurs cyclistes. Quand j'en suis sorti après 15 jours de course pour l'Andalousie, ce fut un grand ouf de soulagement. J'avais mal aux genoux, je commençais à renoncer aux 4 000, et puis en modifiant ma hauteur de selle, mes douleurs se sont progressivement estompées. Je pouvais de nouveau lutter à 100% de mes moyens contre le vent défavorable et la chaleur. Je pensais alors de nouveau aux 11 Grands Tours de Merckx. Je suis tellement fier d'avoir pu mettre plus de 4 000 bornes dans la Péninsule Ibérique car je ne sais pas comment j'aurais pu rationnellement le faire ailleurs. Maintenant, je suis débarrassé à jamais de ce chiffre surréaliste. J'ai écrit au Cannibale pour le remercier de m'avoir donné l'inspiration, je ne sais pas s’il me répondra...

La planète des 4000 kilomètres est vraiment difficile à atteindre en seulement 27 jours et 26 jours de vélo. Je ne sais pas si l'on peut parler d'autre galaxie mais oui, c'est vraiment un truc lointain, complètement abstrait il y a encore de cela un mois au départ du pays Basque. Au début, je ne voulais pas trop y penser. Je ne faisais pas d'immenses distances au quotidien. Je préférais ménager ma monture. Paradoxalement, c'est le mauvais temps en Galice qui a tout déclenché, qui m'a sorti de ma zone de confort et qui a provoqué en moi énormément de frustration. J'ai ressenti à ce moment-là les mêmes injustices que j'avais vécues dans ma jeunesse lorsque l'on m'a volé mon baccalauréat et tellement d'autres choses dégueulasses. Pourquoi suis-je devenu quelqu’un de si fort dans ma tête ? Parce que j'ai grandi dans l'adversité, dans la frustration, dans l'injustice et qu'au fond de moi, je ne l'ai jamais accepté. Avec les années, j'ai appris à rester positif en toute circonstance, c'est la clé de la survie dans ce genre d’aventure au long cours. Il y a des bouquins qui t’expliquent comment réussir ta vie professionnelle et amoureuse mais il n’y a rien en librairie qui te dit comment faire 4 000 bornes à vélo seul à l'autre bout de l'Europe. Il y a juste ton expérience, ton propre parcours de vie. Je n'ai jamais eu de modèle, ni d'idole à proprement parler. Mes références, ce sont juste ma propre histoire, mes 10 Grands Tours, mes 54 courses par étapes, mes 1 400 cols gravis seul du Portugal à la Yougoslavie. Quand j'étais au plus mal, je me raccrochais juste à cela. Tu es Kaiser Bientz, tu ne dois rien lâcher et à force, j'ai fini par atteindre la stratosphère 4000. Je suis vraiment muy orgulloso de cela comme on dit de l'autre côté des Pyrénées...

J'ai poussé mon corps et mon esprit tellement loin, dans leurs ultimes retranchements, que je ne sais pas encore quand je remonterai sur un vélo. Peut-être dans deux semaines, comme peut-être dans deux mois. Là, j'ai juste envie de ne rien faire. Je suis sonné comme un boxeur perclus de coups. Je ne sais plus où j'habite. J'ai dormi pendant près d'un mois loin de chez moi. Même si je me sens davantage espagnol que français, c'est dur d'être loin des siens pendant si longtemps. J'ai aussi bouclé un 11ème Grand Tour historique qui me fait basculer dans une nouvelle dimension. Émotionnellement, c'est très fort. Peut-être encore plus fort que les trois Grands Tours de 2014. Je souhaite bien recharger les batteries ces prochaines semaines avant de penser à mon 12ème Grand Tour qui sera le Giro d'Italia en septembre prochain. En Espagne, j'ai également beaucoup réfléchi à la suite de mon programme sur les Grandes. Je veux refaire les trois Grands avant de pouvoir éventuellement m'attaquer au Tour d'Europe. Je courrai donc le Tour d'Italie dans trois mois, le Tour de France en juin 2018 puis le Tour d'Espagne en septembre 2018. Certains trouveront peut-être que je manque d'originalité mais j'ai besoin de revenir aux basiques avant de repartir à l'assaut de défis plus exotiques...

 

  • Les étapes

Samedi 6 mai (stage 1) : Hendaye (France) - Arrigorriaga (Espagne), 169 km
Monte Oiz 1020m

Dimanche 7 mai (stage 2) : Arrigorriaga (Espagne) - La Revilla (Espagne), 181 km

Lundi 8 mai (stage 3) : La Revilla (Espagne) - Intriago (Espagne), 116 km
Jito de Escarandi 1317m

Mardi 9 mai (stage 4) : Intriago (Espagne) - Oviedo (Espagne), 133 km
Lagos de Covadonga 1120m

Mercredi 10 mai (stage 5) : Oviedo (Espagne) - Serantes (Espagne), 146 km

Jeudi 11 mai (stage 6) : Serantes (Espagne) - Frades (Espagne), 143 km
 
Vendredi 12 mai (stage 7): Frades (Espagne) - Gondomar (Espagne), 152 km
 
Samedi 13 mai (stage 8) : Gondomar (Espagne) - Vila do Conde (Portugal), 125 km

Dimanche 14 mai (stage 9) : Vila do Conde (Portugal) - Aveiro (Portugal), 112 km

Lundi 15 mai (stage 10) : Aveiro (Portugal) - Leiria ( Portugal), 147 km
 
Mardi 16 mai (stage 11) : Leiria (Portugal) - Vendas Novas (Portugal), 164 km

Mercredi 17 mai (stage 12) : Vendas Novas (Portugal) - São Teotónio (Portugal), 166 km

Jeudi 18 mai (stage 13) : São Teotónio (Portugal) - Fuseta (Portugal), 173 km

Vendredi 19 mai (stage 14) : Fuseta (Portugal) - La Palma del Condado (Espagne), 154 km

Samedi 20 mai  : repos à La Palma del Condado (Espagne)

Dimanche 21 mai (stage 15) : La Palma del Condado (Espagne) - El Bosque (Espagne), 175 km

Lundi 22 mai (stage 16) : El Bosque (Espagne) - Cártama (Espagne), 142 km
Puerto del Boyar 1103m - Puerto de las Palomas 1189m - Puerto del Viento 1097m

Mardi 23 mai (stage 17) : Cártama (Espagne) - Adra (Espagne), 183 km

Mercredi 24 mai (stage 18) : Adra (Espagne) - Garrucha (Espagne), 149 km

Jeudi 25 mai (stage 19) : Garrucha (Espagne) - Torrevieja (Espagne), 177 km

Vendredi 26 mai (stage 20) : Torrevieja (Espagne) - Puerto de Tudons (Espagne), 150 km
Puerto de Tudons 1024m

Samedi 27 mai (stage 21) : Villajoyosa (Espagne) - El Perellonet (Espagne), 142 km

Dimanche 28 mai (stage 22) : El Perellonet (Espagne) - Albentosa (Espagne), 146 km
Pina de Montalgrao 1047m

Lundi 29 mai (stage 23) : Albentosa (Espagne) - Cantavieja (Espagne), 118 km
Puerto de Nogueruelas 1543m - Puerto de Linares 1665m - Estación de Valdelinares 1960m - Puerto de Valdelinares 1828m - Puerto de Fortanete 1809m - Puerto de Cuarto Pelado 1657m

Mardi 30 mai (stage 24) : Cantavieja (Espagne) - El Perelló (Espagne), 176 km
Puerto de Cantavieja 1420m - Puerto de las Cabrillas 1329m - Bovalar 1234m - Puerto de Querol 1003m

Mercredi 31 mai (stage 25) : El Perelló (Espagne) - Cornellà de Llobregat (Espagne), 185 km

Jeudi 1er juin (stage 26) : Cornellà de Llobregat (Espagne) - Perpignan (France), 283 km

 

  • Bilan du Tour de la Péninsule Ibérique 2017 :

26 étapes en 27 jours seul et sans assistance, 4107 kilomètres et 18 cols parcourus !!!


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Km 120, Monte Oiz (Espagne) Km 300, Solares (Espagne) Km 430, Jito de Escandari (Espagne) Km 490, Lagos de Covadonga (Espagne) Km 1080, Caminha (Portugal) Km 1357, Figueira da Foz (Portugal) Km 1500, Santarém (Portugal) Km 1620, Alcácer do Sal (Portugal) Km 1745, Odemira (Portugal) Km 1860, Portimão (Portugal) Km 1935, Fuseta (Portugal) Km 2142, Séville (Espagne) Km 2270, Puerto del Boyar (Espagne) Km 2550, Melicena (Espagne) Km 2612, Aguadulce (Espagne) Km 2847, Cartagena (Espagne) Km 2965, Alicante (Espagne) Km 3086, Altea (Espagne) Km 3177, Cullera (Espagne) Km 3574, Vinaròs (Espagne) Km 3837, Barcelone (Espagne) Km 4055, Le Perthus (66)
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