Tour d'Italie 2017

Pour un franco-espagnol, le Tour d’Italie a toujours représenté le défi ultime. C’est une course qui m’a toujours autant attiré qu’elle me faisait peur, un peu comme une femme trop belle. Dans la Botte, je suis sans cesse dans l’ambivalence, voire la schizophrénie. L’Italie est le plus beau pays du monde, mais rien n’est gratuit ici à vélo. Surtout dans le Nord du pays où la circulation est toujours éreintante, les cols extrêmement pentus, le froid souvent intense, et les jours extrêmement courts en automne.

Pour ainsi dire, je n’ai jamais senti avoir la moindre marge de manœuvre sur cette course. C’est comme entrer dans un long tunnel non éclairé sans en savoir la fin... Quand nous pénétrons en Italie cette année, c’est sur la deuxième étape, au Piccolo San Bernardo, 2 188 mètres d’altitude, face au Mont Blanc. On est déjà à la Cima Coppi du Tour. L’effort est terriblement violent. Je me suis couché ensuite dès les premières rampes du San Carlo, avant de crever dans le Val d’Aoste. Alors oui, j’avais connu des départs en Grand Tour plus tranquille que ce Giro 2017.

Cela a commencé à aller mieux le troisième jour vers Oropa, un lieu unique, magnifié par le temps. Mais dès la quatrième étape, on est tombés dans l’enfer automobile des lacs, au nord de Milan. Ce n’était plus de vélo, mais juste un vulgaire jeu de quilles avec les bagnoles. Il faut savoir que les italiens roulent de façon extrêmement agressive, mais paradoxalement assez bien. Les routes défoncées, étroites et inadaptées à un trafic délirant font tout pour rendre les gens virulent sur la route. La traversée de la Lombardie a vraiment été des plus chaotiques pour nous. Seul le lac de Garde nous a permis de souffler un peu avant de retrouver la montagne dans le Trentin. On a gravi Santa Barbara à la lumière tombante avant les deux grandes étapes des Dolomites que nous n’avons pas couru dans les meilleures conditions météorologiques. En effet, même s’il ne pleuvait pas, le temps était vraiment couvert et le plancher de nuages assez bas. Nous n’avons quasiment rien vu des montagnes les plus spectaculaires d’Europe. Rolle et Valles étaient dans un brouillard glacial avant que l’on plonge sur Belluno.

En plus du maltempo, nous n’avons rien mangé ce jour-là sur le vélo. Avec du recul, je pense que c’est en partie pour cela que j’ai attrapé un gros coup de froid. Pourtant, lors de la journée de repos, je ne me sentais pas trop mal, juste normalement fatigué. C’est en repartant vers Trévise que j’ai senti que mes jambes ne tournaient plus parfaitement bien. Le soir de la neuvième étape, j’étais mort avec près de 40 degrés de fièvre. Dans ces conditions, la dixième étape courue sur le Monte Grappa a peut-être été la plus dure de ma carrière en Grand Tour. Au sommet, on a fait cette photo terriblement violente, où j’explose de rage après 25 bornes de montée à 8% de moyenne effectués dans des conditions abominables. C’était un cri qui venait vraiment de très loin. Le Grappa est l’un des plus grands cols d’Italie, alors passer dessus sans la moindre force pour mon 1500ème col en carrière, c’était juste du domaine de l’irrationnel.

Le retour dans la plaine du Pô m’a en grande partie sauvé. A la base, j’avais tracé ces étapes en deuxième semaine pour me reposer et rattraper les kilomètres abandonnés en première dans la montagne. Mais malade comme un chien, je me suis juste contenté de survivre dans la roue de Naceman... J’étais seulement rétabli pour la dernière étape de montagne ce week-end dans les Apennins. Finir ce Giro 2017 sur le Monte Beigua, cette montagne brutale sortant tout droit de la Méditerranée qui s’est refusée à moi pendant de nombreuses années, avait un parfum vraiment unique. Comme il faisait très beau, on voyait jusqu’au Cap Corse à l’horizon. La vue était vraiment impressionnante là-haut et je trouvais que c’était une belle image pour conclure ce troisième Tour d’Italie.

Le dernier jour sur la Riviera ligure, il y avait plein de cyclistes du dimanche, et l’on a roulé trop vite dans leurs roues. Je n’ai pas aimé cette dernière étape car on n’a pas pu savourer notre victoire comme il se devait. Naceman étant pressé, il a pris tout droit dans l’entrée de Sanremo, snobant le mythique Poggio que j’ai gravi quasiment à l’arrêt après 2 000 kilomètres. J’ai ensuite plongé sur la Via Roma un peu avant 14 heures, après une dernière journée folle à plus de 30 km/h de moyenne. A l’heure du déjeuner, Sanremo est une station balnéaire vide voire morte. J’ai donc pu terminer ce Giro dans une relative intimité. Je suis allé directement sur le lungomare. Je me suis allongé sur la plage et j’ai fermé les yeux en me disant que la vie était belle.

 

  • Les étapes

1° etapa / Colombier Saugnieu (Francia) – Montmélian (Francia), 141 km / (sábado 23 de septiembre)

2º etapa / Landry (Francia) – Châtillon, 127 km / Colle del Piccolo San Bernardo 2188m - Colle San Carlo 1951m / (domingo 24 de septiembre)

3º etapa / Châtillon – Santuario di Oropa, 118 km / Colle di Joux 1640m - Santuario di Oropa 1159m / (lunes 25 de septiembre)

4º etapa / Santuario di Oropa – Como, 152 km / Galleria di Rosazza 1488m / (martes 26 de septiembre)

5º etapa / Como – Trenzano, 133 km / (miércoles 27 de septiembre)

6º etapa / Trenzano – Rovereto, 155 km / Passo Santa Barbara 1169m / (jueves 28 de septiembre)

7º etapa / Rovereto – Passo di Oclini, 117 km / Passo di Pramadiccio 1443m - Passo di Lavazè 1808m - Passo di Oclini 1979m / (viernes 29 de septiembre)

8º etapa / Varena – Belluno, 128 km / Passo di Rolle 1962m - Passo Valles 2033m / (sábado 30 de septiembre)

Descanso / Belluno / (domingo 1 de octubre)

9º etapa / Belluno – Villorba, 149 km / Alpe del Nevegal 1396m / (lunes 2 de octubre)

10º etapa / Villorba - Montecchio Precalcino, 133 km / Bocca di Forca 1402m - Monte Grappa 1721m / (martes 3 de octubre)

11º etapa / Montecchio Precalcino – Vigasio, 117 km / (miércoles 4 de octubre)

12º etapa / Vigasio – San Giuliano, 154 km / (jueves 5 de octubre)

13º etapa / San Giuliano – Spineto Scrivia, 131 km / (viernes 6 de octubre)

14º etapa / Spineto Scrivia - Stella, 130 km / Passo del Faiallo 1061m - Monte Beigua 1287m / (sábado 7 de octubre)

15º etapa / Stella – San Remo, 128 km / (domingo 8 de octubre)

 

  • Bilan du Tour d'Italie 2017 :

15 étapes en 16 jours seul et sans assistance, 2013 kilomètres et 16 cols parcourus !!!


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Km 180, Col du Petit St Bernard (73) Km 286, Colle di Joux (Italie) Km 386, Santuario di Oropa (Italie) Km 490, Sesto Calende (Italie) Km 580, Bergame (Italie) Km 930, Passo di Lavazè (Italie) Km 1000, Passo Valles (Italie) Km 1260, Monte Grappa (Italie) Km 1450, Verona (Italie) Km 1590, Voltido (Italie) Km 1624, San Giuliano (Italie) Km 1730, Pontecurone (Italie) Km 1830, Passo del Faiallo (Italie) Km 2013, San Remo (Italie)
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