Lyon - San Remo

C'est le grand jour. Le jour du départ pour Lyon - San Remo. Cette course mythique dont je rêve depuis neuf mois. Depuis que je me suis rendu en simple touriste sur la Via Roma. Il y a une quinzaine d'années, mon grand-père m'avait également montré le film "Les Cracks" retraçant l'ancestrale course Paris - San Remo. Le tout m'a donné des idées. Des idées et des rêves...

Je m'élance le lundi 18 juin de l'agglomération lyonnaise et plus précisément de Vienne. Il fait une chaleur estivale sur les bords du Rhône. La première journée vers Die va se révéler très difficile à cause du cagnard mais aussi du vent de face qui sévit dans la vallée du Rhône. C'est seulement à Crest, en m'engouffrant dans la vallée de la Drôme protégée par les montagnes du Vercors que je vais pouvoir commencer à souffler. J'arrive malgré tout épuisé dans la sous-préfecture drômoise après 170 kilomètres de lutte...

Le lendemain, ça va un peu mieux vers Barcelonnette. Il fait toujours aussi chaud sur la route mais l'effet du vent est maintenant limité grâce aux nombreuses montagnes qui m'entourent. Je franchis le col de Cabre en souplesse avant de basculer dans le département des Hautes-Alpes. Ca sent le parfum des vacances ici mais je ne peux pas me laisser distraire pour autant. Gap passé, c'est l'exceptionnel lac du Serre-Ponçon qui est en vue. Je pénètre en Alpes-de-Haute-Provence et m'engage dans la montée non répertoriée du Serre-Ponçon. Ca grimpe pendant 15 bornes de façon très irrégulière. Le bitume fond sous mes roues et je souffre terriblement après 130 kilomètres de course. La bascule à 1112 mètres est un soulagement même si je finis à Barcelonnette dans un état à nouveau lamentable tellement la journée a été chaude et la route tourmentée...

Mais ce n'est rien par rapport à ce qui dessine le lendemain lors de l'étape-reine de ce Lyon - San Remo. Aujourd'hui, je défie la légende du cyclisme. Aujourd'hui, je me frotte à la Bonette, 24 kilomètres d'ascension à 7% de dénivellation moyenne pour atteindre le plus haut sommet goudronné de France à 2802 mètres ! A cette altitude, des gens peinent déjà à respirer. A cette altitude, je vais devoir moi hisser ma carcasse seul sur mon vélo pour entretenir mes rêves de triomphe. Comme un symbole, je me paye le luxe de ne pas mettre pied à terre dans la Bonette où bon nombre de cyclistes sont au bord de l'évanouissement lors du dernier kilomètre à 11% menant au sanctuaire ! Du haut de la Bonette, je domine toutes les Alpes du Sud. Comme mon Lyon - San Remo. Le Kaiser est au sommet de son art mais il doit déjà redescendre vers St Etienne-de-Tinée. La vallée de la Tinée surchauffée justement où le vent du sud freine de nouveau ma progression. Vent de face et chaleur accablante, voilà les conditions de ce Lyon - San Remo qui tourne au supplice dans le col St Martin ! Je suis au bord de l'explosion et dois m'arrêter plusieurs fois pour refroidir le moteur. Au sommet du col, à 1500 mètres d'altitude, sur la commune de Valdeblore, j'atteins toujours plus épuisé que les jours précédents ma ville-étape dans un mignon petit chalet...

La dernière journée de ce Lyon - San Remo doit normalement être plus soft que les précédentes. Mais il faut encore enjamber le difficile col de Turini (1607 mètres) et ses 15 kilomètres à 7%. En basculant là-haut, je laisse sans regret la haute montagne derrière moi. Une haute montagne dans laquelle j'aurai vidé quasiment toutes mes munitions. C'est maintenant une longue descente vers Sospel qui s'engage. L'Italie est bientôt là avec le petit col de Vescavo (477 mètres) qui fait office de frontière. Je pénètre donc dans la fameuse botte avec appétit. Il n'y a plus qu'à descendre les derniers kilomètres de la vallée de la Roya pour atteindre la Méditerranée à Ventimiglia. Puis de longer la mer jusqu'à San Remo. Je m'offre un détour par le Poggio où je me prends momentanément pour un grand en avalant les 4 kilomètres de montée à 5% à une vitesse affolante. Il ne reste maintenant plus qu'à plonger sur San Remo pour finir seul en héros sur la Via Roma. Comme lors de Paris - San Remo il y a un siècle. Comme lors de Milan - San Remo aujourd'hui. Dans la charmante petite station balnéaire italienne, je laisse échapper une larme. C'est la larme du garçon apaisé pour son papy qui lui avait mis la puce à l'oreille il y a une quinzaine d'années...

 

  • Le parcours :

18/06/07 : Vienne - Vernioz - St Alban de Varèze - La Chapelle de Surieu - Pact - Beaurepaire - Lens Lestang - Hauterives - Margès - Peyrins - Romans sur Isère - Bourg de Péage - Alixan - Montélier - Chabeuil - Crest - Aouste sur Sye - Mirabel et Blacons - Saillans - Pontaix - Die, 170 km

19/06/07 : Die - Montlaur en Diois - Luc en Diois - Beaurières - La Beaume - Aspres sur Buëch - Veynes - La Freissinouse - Gap - Remollon - Espinasses - Le Lauzet Ubaye - Barcelonnette, 164 km

20/06/07 : Barcelonnette - Jausiers - Cime de la Bonette - St Etienne de Tinée - Isola - St Sauveur sur Tinée - Valdeblore, 110 km

21/06/07 : Valdeblore - St Martin Vésubie - La Bollène Vésubie - Sospel - Olivetta San Michele - Ventimiglia - Bordighera - San Remo, 203 km

 

  • Total : Vienne (38) - San Remo (Italie) par Die (26), Barcelonnette (04) et Valdeblore (06), 647 kilomètres parcourus et 6 cols escaladés en 4 jours !

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Km 95, Bourg-de-Péage (26) Km 131, Crest (26) Km 215, Col de Cabre (26) Km 267, Gap (05) Km 308, Lac de Serre-Ponçon (04) Km 366, Cime de la Bonette (06) Km 420, St Sauveur sur Tinée (06) Km 444, Col St Martin (06) Km 468, La Bollène-Vésubie (06) Km 505, Sospel (06) Km 536, Ventimiglia (Italie) Km 543, Bordighera (Italie) Km 559, San Remo (Italie)
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