Tour de France 2009

Pourquoi le défi du Tour de France 2009 ?

Cela fait dix ans que je fais du vélo. J’ai parcouru quasiment deux fois le tour de la Terre sur ma bicyclette, gravi les plus grands cols des Alpes, réussi plus de 400 kilomètres seul en une journée, multiplié les courses par étapes d’une semaine… si bien que je me dis que c’est le moment, à vingt-six ans, de franchir le dernier pallier de la démesure : la plus grande course cycliste du monde, celle que tout le monde connaît, aux quatre coins de la planète, le Tour de France ! Je tenterai donc d’avaler près de trois mille kilomètres et une dizaine de cols à travers la France du 27 mai au 18 juin 2009 dans le même esprit que la Grande Boucle…


Comment ai-je préparé le Tour de France 2009 ?

En roulant moins que les années précédentes pour être au top de ma forme sur le Tour. J’aurai trois mille kilomètres dans les jambes au moment de m’élancer. J’ai gravi ce printemps une quinzaine de cols dans les Alpes. Je suis donc prêt à affronter aussi bien la plaine que la montagne…


Comment je compte réaliser le Tour de France 2009 ?


Seul et sans assistance car je n’ai trouvé personne pour me suivre dans cette aventure. Je roulerai sur le vélo que je me suis acheté cet hiver chez Daniel Reine à Fontainebleau, le Time Edge Translink 2008 équipé d’un triple plateau 50/39/30x12/25, et porterai mes affaires sur mon dos dans un petit sac qui contiendra une paire de sandales, un short, un tee-shirt, un coupe-vent, un téléphone portable, un appareil photo numérique, une mini pompe, un antivol, un pot de pommade, quelques barres énergétiques, une carte bleue et un stylo !


Résumé au jour le jour du Tour de France 2009 :

 

  • 27/05/09 : Cély en Bière – Fleury en Bière – Arbonne la Forêt – Achères la Forêt – Ury – Villiers sous le Grez – Grez sur Loing – Montcourt Fromonville – La Genevraye – Nonville – Treuzy Levelay – Lorrez le Bocage – Vaux sur Lunain – Chéroy – Montacher – Domats – Savigny sur Clairis – Piffonds – Bussy le Repos – St Julien du Sault – Joigny – Charmoy – Bassou – Appoigny, 127 km à 27 km/h


Le Tour de France est enfin parti. Il était 14h35 sur la place de la mairie de Cély en Bière lorsque le départ a été donné. Il y avait là l’école de cyclisme et trois coéquipiers de mon club de Ponthierry-Pringy. Nous étions au total une bonne dizaine. Et nous avons quitté Cély d’un coup de pédale déterminé. Pour ma part, j’étais en plein flou. Quand reverrais-je mon village ? Dans trois semaines, 2800 kilomètres plus loin ? Ou bien plus tôt après un abandon qui se révélerait quoi qu’il arrive catastrophique par rapport à l’enjeu du défi ? Qu’importe après tout ! Au kilomètre 31, j’ai laissé les jeunes de mon club ainsi que Jean-Luc et Stéphane. Seul Frédéric continuerait à m’accompagner dans les champs du Gâtinais et cela jusqu’à St Julien du Sault où un train le ramènerait en Ile-de-France. Nous avons progressivement accéléré en prenant des relais de plus en plus appuyés. La route s’est subitement mise à défiler et la moyenne horaire à s’emballer. En arrivant vers 19h30 à Appoigny, mon compteur affichait 127 kilomètres parcourus à 27 km/h de moyenne. Le Tour de France était bien parti…

  • 28/05/09 : Appoigny – Auxerre – St Bris le Vineux – St Cyr les Colons – Lichères Aigremont – Noyers – Censy – Pasilly – Etivey – Aisy sur Armançon – Rougemont – Buffon – Montbard – Fain lès Montbard – Fresnes – Lucenay le Duc – La Villeneuve les Convers – Chanceaux – St Seine l’Abbaye – Val Suzon – Dijon, 163 km à 22,5 km/h


Hier soir, le FC Barcelone a gagné la Ligue des Champions. Cela m’a fait plaisir car cette victoire est le triomphe d’une véritable philosophie de jeu. Mais la nuit qui s’en est suivie a été particulièrement houleuse en raison du bruit causé dans l’hôtel par des jeunes. Alors ce matin, le départ a été difficile. J’ai mis 45 kilomètres pour trouver mon rythme. C’est en effet après avoir mangé un sandwich au saucisson dans le magnifique village de Noyers que je me suis mis à progresser à une allure décente. Une fois passée Montbard, j’ai même roulé à bloc dans un Morvan fidèle à lui-même : vert et casse-pattes ! En dehors de 15 kilomètres effectués le long du canal de Bourgogne, je n’ai pas souvenir d’une seule ligne droite plate. Au Tour de France officiel, cette étape de 163 kilomètres entre Appoigny et Dijon aurait pourtant été qualifiée d’étape de plaine. Je préfère pour ma part considérer avoir parcouru une étape vallonnée où je suis monté à 564 mètres d’altitude, tout près des sources de la Seine. Je redoutais cette deuxième étape, une des plus longues du Tour, et je m’en suis très bien sorti. Un dixième de la distance totale a déjà été parcouru…

  • 29/05/09 : Dijon – Sennecey lès Dijon – Neuilly lès Dijon – Genlis – Longeault – Auxonne – Sampans – Dole – Azan – Crissey – Villette lès Dole – Parcey – Nevy lès Dole – Souvans – Bans – Mont sous Vaudrey – Vaudrey – Ounans – Chamblay – Villers Farlay – Mouchard – Pagnoz – Salins les Bains – Cernans – Villeneuve d’Amont – Levier – Chaffois – Houtaud – Pontarlier, 150 km à 19,5 km/h


J’ai mieux dormi que la veille mais j’ai toujours cette fichue diarrhée contractée depuis la première étape. Sur le Tour de France, je bois et mange tellement que mon organisme a du mal à trouver ses repères. Je m’élance ce matin de Dijon sous le soleil après deux jours de grisaille. Je fais tomber les manchettes pour la première fois depuis le départ du Tour, chaleur oblige ! Les 30 premiers kilomètres sont plats mais ma progression est déjà gênée par un fort vent de côté. A Auxonne, en franchissant la Saône, je quitte la Côte d’Or pour le Jura et les routes belles et plates pour des chemins rugueux et vallonnés. La bise se lève de plus en plus. Je l’ai tantôt pleine face, tantôt trois quarts face. Et ma moyenne horaire commence à s’effondrer. Je n’avance parfois plus à cause du vent. Le magnifique bourg de Salins les Bains offre un court répit à mon esprit. Car la bosse longue de cinq kilomètres qui s’en suit me consume définitivement. Au sommet, cela ne bascule pas, et je me retrouve sur les hauts plateaux du Jura balayés par une bise devenue très violente. La température tombe également mais je ne prends même pas le soin de me couvrir luttant jusqu’à l’épuisement contre les éléments. J’arrive terriblement entamé à Pontarlier après 7h45 de selle. Dès le troisième jour de course, j’ai été contraint de dépenser beaucoup de cartouches et cela n’indique rien de bon pour la suite des opérations. Car demain, c’est déjà la montagne…

  • 30/05/09 : Pontarlier – La Cluse et Mijoux – Métabief – Les Hôpitaux Neufs – Côte de Jougne 1010m – Jougne – Vallorbe – Col du Mont d’Orzeires 1061m – L’Abbaye – Le Brassus – Col du Marchairuz 1447m – St George – Longirod – Marchissy – Burtigny – Begnins – Vich – Nyon – Coppet – Versoix – Bellevue – Genève – Annemasse – St Cergues, 131 km à 20 km/h


Au départ de Pontarlier ce matin, je ne fais pas le fier. L’étape de la veille a laissé des traces. Mais la course est plus que jamais en marche et il faut s’accrocher coûte que coûte. La voiture Bbox Bouygues Télécom garée sur le parking de mon hôtel me rappelle la réalité : le Tour de France sinon rien ! Je quitte Pontarlier en douceur avec le beau temps. D’entrée de jeu, une longue montée au pourcentage faible se profile. C’est la Côte de Jougne qui mène à l’altitude 1010, premier sommet du Tour. En haut, c’est la ligne de partage des eaux Mer du Nord - Mer Méditerranée et la bascule vers la Suisse à vive allure. A Vallorbe, je bifurque sur ma droite en direction du col du Mont d’Orzeires. J’ai des difficultés dans le premier kilomètre à 10% qui me fait un peu penser à celui de l’Alpe d’Huez mais la pente s’adoucit ensuite et je trouve un bon rythme. Au col, à 1061 mètres d’altitude, le superbe lac de Joux se présente devant moi dans un cadre de moyenne montagne pour le moins remarquable. Je roule fort le long de cette vaste étendue d’eau jusqu’au Brassus où je tourne à gauche dans le terrible col du Marchairuz long de huit kilomètres inégaux avec ses passages à 14%. C’est le premier grand col du Tour et mon plus haut passage dans le massif jurassien. Rapidement je rattrape Stéphane, un sympathique lausannois avec qui le dialogue s’installe facilement. Nous échangeons nos expériences pendant l’ascension qui du coup passe assez vite. C’est réglé en 45 minutes et Stéphane m’invite à boire un verre au restaurant du col. Nous nous quittons ensuite dans la descente, moi filant sur Nyon, lui sur Lausanne. Je lui laisse l’adresse électronique de mon Tour de France quand lui me lègue sa bonne humeur dans cette expérience terriblement solitaire. Vingt-huit kilomètres plus loin, j’arrive à Nyon après avoir plongé sur le lac Léman à une vitesse insensée. Mon chronométreur en a même perdu les pédales. Il met bien cinq kilomètres à se recaler correctement. Après Nyon, c’est Genève. La cité genevoise tourne au ralenti car les Suisses sont pour la plupart scotchés devant leur téléviseur. On est samedi et Federer ferraille dur sur le court central de Roland-Garros. Roger s’en sort de justesse peu de temps après mon arrivée à St Cergues. Lui comme moi sommes encore en course dans nos objectifs respectifs…

  • 31/05/09 : St Cergues – Bonne – St Jeoire – Marignier – Cluses – Scionzer – Le Reposoir – Col de la Colombière 1618m – Le Grand Bornand – St Jean de Sixt – La Clusaz – Col des Aravis 1498m – La Giettaz – Flumet – Côte de Héry 1030m – Ugine – Albertville, 123 km à 19 km/h


Le Tour de France se durcit considérablement. A la diarrhée depuis le départ vient maintenant s’ajouter la fièvre. J’ai certainement contracté un virus lors de l’étape inhumaine de Pontarlier et j’en paie le prix fort aujourd’hui. J’ai passé une nuit atroce à tel point que j’ai songé arrêter le Tour. La fatigue nerveuse s’accumule également. Je suis au bord de la crise de nerf, moi qui suis d’ordinaire si calme. Pour la première fois dans le cyclisme, je sens que je ne maîtrise pas vraiment mon affaire. La course me dépasse et je commence à paniquer. Dois-je aller à la pharmacie chercher de l’aspirine et du smecta pour calmer mes maux alors que je me suis promis de ne rien prendre depuis des mois ? Je ne sais pas. Je ne sais plus. La seule chose que je sais, c’est que se présente aujourd’hui l’étape reine des Alpes avec l’enchaînement Colombière – Aravis et qu’il n’y aura pas de répit sur les routes savoyardes. Curieusement, je tiens le choc. Mais jusqu’à quand ? Jean-Marc, un jeune sallanchard sympathique et plutôt affable m’accompagne toute la journée dans les cols. Le temps me paraît si long depuis quelques jours que sa compagnie me fait un bien fou. Je me cale dans la roue de son superbe vélo Bianchi me rappelant les plus grands, Coppi en tête ! La Colombière est gravie à 9 km/h, les Aravis à 13 km/h avant que Jean-Marc ne m’abandonne à Flumet. Direction Albertville par la côte de Héry car la D1212 est en travaux à hauteur de Crest-Voland. Ce nouveau détour (il y en a au moins un sur chaque étape à effectuer) me contraint de gravir quatre kilomètres à 8% avant de plonger sur Ugine. J’arrive à Albertville très fatigué après 123 kilomètres mais une surprise aussi agréable qu’inattendue m’attend devant mon téléviseur. Je découvre en effet que l’invincible roi Nadal s’est fait destituer de son trône sur sa terre parisienne. Tout est donc possible dans le sport…

  • 01/06/09 : Albertville – Grignon – Ste Hélène sur Isère – Aiton – Bourgneuf – Coise – Planaise – La Chavanne – Montmélian – Francin – Chapareillan – Col du Granier 1134m – Entremont le Vieux – St Pierre d’Entremont – Fontanil Cornillon, 110 km à 19 km/h


L’étape d’Albertville a été une nouvelle épreuve. Déjà le soir, en raison du pont de la Pentecôte, tous les restaurants proches de mon hôtel étaient fermés sauf… le McDonald’s. J’ai donc dû me résoudre à aller manger (un grand mot !) chez le géant américain. Il n’y a assurément rien de pire comme alimentation pour un sportif que le McDonald’s mais quand c’est ça ou rien, vous n’avez pas trop le choix. Leur coca à l’eau a au moins eu le mérite de stopper ma diarrhée après cinq jours de galère. Mais la fièvre, elle, ne s’est pas estompée. Bouillant que j’étais, je n’ai pas fermé l’œil avant quatre heures.  Alors ce matin, au moment d’enfourcher mon vélo, ce n’est pas la grande forme. Le premier obstacle se présente au kilomètre 45 à Chapareillan : le col du Granier et ses 10 kilomètres d’ascension à 8,5% de pente moyenne. Si le Granier est un col quelconque depuis Chambéry, il est un enfer depuis Chapareillan. Revêtement précaire et pourcentage inégal fait que vous affrontez souvent du 10% sans grande adhérence. Amoindri que je suis, le Granier tourne au calvaire. Une heure et quart de grimpette avec le chrono souvent bloqué à moins de 8 km/h, je subis plus que jamais. Dans le fameux passage à 17%, l'étape tourne même au masochisme. Des pensées troubles traversent alors mon esprit. Abandonner le Tour ? Non, plutôt mourir ! A 1134 mètres, je finis par basculer avant de crever à l’avant dans la descente. Je répare à St Pierre d’Entremont l’esprit divagant. Je suis par téléphone grâce à mon frère la remontée de Federer contre Haas à Roland-Garros. Le Tour ne suffisant pas, même Roger joue avec mes nerfs. En repartant mon choix est fait. Je zappe le Cucheron et Porte en raison de mes maux physiques. A la place, je descends sur St Laurent du Pont avant de gravir le minuscule col de la Placette à 588 mètres d’altitude dans lequel je ne suis pourtant pas à mon avantage. Heureusement derrière c’est la descente et l’arrivée à Fontanil Cornillon après 110 kilomètres à 19 km/h. Je finis une nouvelle fois très fatigué mais reste en course sur le Tour…

  • 02/06/09 : Fontanil Cornillon – Veurey Voroize – Sassenage – Lans en Vercors 1004m – Villard de Lans – Choranche – Pont en Royans – Auberives – St Nazaire en Royans – Bourg de Péage – Alixan, 121 km à 22 km/h


Et si le plus dur était passé ? J’ai bien mangé au Flunch hier soir et j’ai bien dormi ensuite. Alors ce matin au départ de l’agglomération grenobloise, tout va subitement mieux. D’entrée de jeu, j’affronte l’interminable côte de Lans en Vercors et ses 19 kilomètres d’ascension à 4,5% de moyenne. Je saute dès le pied dans la roue d’un cyclotouriste expérimenté qui monte à 12 km/h. C’est un bon rythme mais à mi-pente ce dernier faiblit et je m’en vais seul. Après 1h20 de grimpette, j’arrive à 1004 mètres d’altitude sur un des nombreux plateaux du Vercors. Il fait frais et nuageux. A Villard de Lans, un panneau m’indique que les gorges de la Bourne sont fermées pour cause de travaux, ce qui signifie un nouveau gros détour sur ce Tour de France. Comme la route n’est interceptée qu’en journée, j’en déduis qu’un cycliste peut passer et je force le passage. Il n’y a pas de problème pour entrer. Les trois ouvriers censés travailler errent sur le bord de la route et me réprimandent en passant. J’arrive à la sortie quand je découvre une barrière en fer de trois mètres de haut installée sur un pont surplombant les gorges deux cents mètres en contrebas. Pour faire le Tour de France, gravir des cols tels le Marchairuz, la Colombière ou le Granier ne suffit pas. Il faut également enjamber une muraille suspendue au vide. Je ne m’affole pas, mets mes sandales et franchis l’obstacle vélo sous le bras comme si de rien n’était. C’est de la pure folie et la grande image de ce Tour de France : Bientz, le grimpeur qui escalade tout ! Retombé sur mes pattes, je finis en boulet de canon. A St Nazaire en Royans, j’entre dans la Drôme et dis adieu aux Alpes sans le moindre regret. J’ai traversé la montagne cette semaine fâcheusement amoindri alors je suis content de m’engouffrer ragaillardi dans le sillon rhodanien. Et après 121 kilomètres à 22 km/h de moyenne, j’atteins enfin le premier jour de repos à Alixan…

 

  • 04/06/09 : Alixan – Montélier – Chabeuil – Crest – Puy St Martin – Cléon d’Andran – Charols – La Bégude de Mazenc – Aleyrac – Grignan – Grillon – Richerenches – Visan – Tulette – Ste Cécile les Vignes – Sérignan du Comtat – Orange – Roquemaure – Rochefort du Gard, 155 km à 26 km/h


Après une journée de repos amplement méritée, le Tour de France est reparti. Par bonheur, c’était le dernier jour de mistral dans la vallée du Rhône. J’ai pu ainsi envoyer sévère tout au long des 155 kilomètres menant à Rochefort du Gard. La chaleur, 27°C à l’ombre, parfois écrasante n’y a rien changé. En six heures, l’affaire était entendue. 26 km/h de moyenne et à peine fatigué, de quoi être complètement rassuré pour une reprise. Le virus contracté dans le Jura est maintenant bien derrière moi et la grande condition arrive à point nommé. Car si ce jeudi 4 juin 2009 était un jour tranquille, la semaine qui m’attend s’annonce dantesque avec les premières pluies annoncées, la tramontane pleine face et la haute montagne pyrénéenne. Alors aujourd’hui j’ai pleinement savouré cette journée de transition à l’ombre du regard toujours malicieux de mon cher Mont Ventoux…

  • 05/06/09 : Rochefort du Gard – Remoulins – St Bonnet du Gard – Bezouce – St Gervasy – Marguerittes – Rodilhan – Caissargues – Aubord – Aimargues – Lunel – St Just – Lansargues – Mauggio – Lattes – Frontignan – Sète, 124 km à 25 km/h


Cette nuit, j’ai appris qu’une nymphomane déséquilibrée à qui je n’ai pas parlé depuis plus d’un an voulait porter plainte contre moi. Ce comportement pitoyable d’une fille non moins superficielle est le symbole de la jalousie qu’engendre mon Tour de France. On est prêt à tout pour tenter de me déstabiliser dans ma quête sacrée, même à se ridiculiser. D’un côté, c’est gênant. De l’autre, réjouissant. Mes détracteurs toujours aussi nombreux aux quatre coins de France et de Navarre ont bien compris qu’avec le Tour je les assommais définitivement. Alors ils se raccrochent à n’importe quoi. Pendant ce temps-là, la course continue. Et à vive allure puisque j’abats les 124 kilomètres du jour à 25 km/h de moyenne. L’histoire retiendra que c’est dans la banlieue nîmoise après 1100 kilomètres que j’ai essuyé  les premières gouttes de pluie du Tour. Un détail comparé au stress que m’a encore causé Roger. Mené deux sets à un contre Del Potro, j’ai de nouveau cru que l’histoire allait bégayer. C’est finalement vers 20h30 dans un restaurant espagnol du centre-ville de Sète que je fus rassurer. Federer jouera bien dimanche pour entrer dans la légende du tennis…

  • 06/06/09 : Sète – Agde – Vias – Cers – Béziers – Montady – Capestang – Homps – Puichéric – Marseillette – Trèbes – Carcassonne, 123 km à 21 km/h


Ca y est, j’ai quitté la Méditerranée pour le Pays Cathare, dernier bastion avant les Pyrénées. J’arrive à mi-Tour en grande condition. Aujourd’hui, j’ai parcouru les 123 kilomètres reliant Sète à Carcassonne à la moyenne horaire de 21 km/h, le vent modéré que j’ai pris de face toute la journée m’ayant considérablement ralenti. J’ai pris une bonne douche à la sortie de Béziers et puis ensuite le beau temps est revenu sur la route du Tour. Mon hôtel étant situé à trois kilomètres du centre-ville, je me suis fait livrer deux pizzas, ce qui est toujours mieux que le McDonald’s mais ce qui n’est pas évidemment le top pour autant. Le soir, Carcassonne s’est embrasé avec la victoire de son voisin perpignanais en Top 14 de rugby. Cinquante-cinq ans que les Catalans attendaient cela. Mon esprit est lui déjà tourné vers demain et la plus longue étape du Tour. Une étape vallonnée qui servira de mise en bouche avant la haute montagne à partir de lundi. Demain sera également le grand jour pour mon ami Roger et mon frère m’a promis de me tenir au courant par texto de l’évolution de sa quatrième finale consécutive à Roland-Garros…

  • 07/06/09 : Carcassonne – Montréal – La Force – St Gaudéric – Mirepoix – Besset – Coutens – Pamiers – Pailhès – Sabarat – Campagne sur Arize – Daumazan sur Arize – La Bastide de Besplas – Montesquieu Volvestre – St Christaud – Cazères – Martres Tolosane – Mancioux – St Martory – Lestelle – Estancarbon, 173 km à 22 km/h


Aujourd’hui, j’ai franchi le mi-Tour. Cela a été un cap difficile. Le vent de face que je prends depuis Sète est un terrible frein à ma progression. Aujourd’hui encore, je n’ai parcouru que 34 kilomètres lors des deux premières heures à cause de la tramontane. Et puis en entrant dans le tortueux département ariégeois, les rafales ont cessé. J’ai pu enfin rouler normalement. Ma grande condition physique du moment me permet de passer outre mes contrariétés.  Je fais face avec calme et sérénité. Au kilomètre 120, alors que j’avais la tête dans le guidon, j’ai croisé deux supporters de mon Tour de France. Igor et Sandrine vivent dans la région toulousaine. Comme c’était dimanche, ils ont fait le déplacement en moto pour venir m’encourager un petit instant. Cela m’a touché. Comme cette victoire de Roger à Roland. Enfin ! 14ème Grand Chelem, record de Sampras égalé et surtout premier titre sur la terre parisienne qui lui permet de rejoindre Agassi comme deuxième joueur contemporain ayant gagné un majeur sur les quatre surfaces différentes ! J’ai appris la nouvelle de mon frère peu après Montesquieu Volvestre et mon cœur s’est violemment serré. J’ai alors filé à bloc sur Estancarbon que j’ai atteint  après 173 kilomètres à 22 km/h de moyenne. Mon total s’élève dorénavant à 1500 kilomètres. Il me reste dix jours à tenir…

  • 08/06/09 : Estancarbon – St Gaudens – Montréjeau – St Paul – St Laurent du Neste – Anères – Escala – La Barthe de Neste – Hèches – Arreau – Col d’Aspin 1489m – Ste Marie de Campan – Campan – Beaudéan – Bagnères de Bigorre – Pouzac – Trébons – Escoubès Pouts – Lourdes, 117 km à 20,5 km/h


Ce matin, j’ai les jambes lourdes. Lourdes comme la ville que je vais tenter de rallier. La terrible étape de la veille a laissé des traces. Mais aujourd'hui je regarde devant sans peur. La haute montagne pyrénéenne est face à moi. Enfin. Annoncé depuis longtemps comme le tournant du Tour, le col d’Aspin et son décor bucolique ne pèsent pas bien lourd face à ma soif de conquête. Moi, le grimpeur alpestre, pénètre dans les Pyrénées avec fracas, l’ombre de Ricardo Ricco planante à mi-pente me faisant doucement sourire. Les 12 kilomètres à 6,5% de l’Aspin sont abattus en une heure. S’en suit ensuite une longue procession jusqu’à Bagnères de Bigorre, dans la ville du centre sportif de Laurent Fignon. L’homme, jusqu’à là jamais avare de beaux discours moralisateurs sur le dopage, vient de révéler dans la presse qu’il est atteint d’un cancer des voies digestives. Pris de court par la maladie, il décide de passer aux aveux sur son sombre passé de champion. La cortisone et les amphétamines, il en a pris ! Un peu puis beaucoup sur les conseils toujours plus aiguisés de son peu scrupuleux directeur sportif Cyrille Guimard. Depuis trois ans, il prêchait la bonne parole au micro de France Télévisions devant des millions de français. Mais lorsque l’on joue trop avec la seringue, on finit tôt ou tard par se faire rattraper. Tout l’inverse de mon Tour de France qui est plus que jamais propre puisque, même malade en première semaine, j’ai refusé de me soigner. Fignon a beau avoir participé à une dizaine de Tour de France, en avoir gagné même deux, il ne connaîtra jamais la vérité de cette course car il l’a toujours couru chargé, comme 95% des professionnels ! Alors en arrivant à Lourdes après 117 kilomètres, dans le cadre enchanteur de la sous-préfecture haute pyrénéenne, je suis encore plus fier qu’à l’accoutumée de rouler sans le moindre artifice…

  • 09/06/09 : Lourdes – Peyrouse – St Pé de Bigorre – Lestelle Bétharram – Asson – Arthez d’Asson – Ferrières – Arbéost – Col du Soulor 1474m – Col d’Aubisque 1709m – Gourette – Eaux Bonnes – Laruns – Bielle – Louvie Juzon – Sévignacq Meyracq – Gan – Pau, 126 km à 18,5 km/h


Aujourd’hui, entre Lourdes et Pau, c’est l’étape reine des Pyrénées et du Tour de France tout court avec l’enchaînement mythique Soulor – Aubisque par la route vertigineuse des crêtes. Je quitte Lourdes sous un ciel parfaitement bleu en direction de St Pé de Bigorre. Un peu plus loin, je bifurque en direction d’Asson puis de Ferrières. J’attaque le Soulor et ses 12 kilomètres à 7,5% par le versant nord. Gilbert, un cyclotouriste palois expérimenté fait le train tout en m’expliquant les subtilités de la région. Sur le bitume du Soulor, je découvre curieusement qu’on n’encourage ici aucun coureur cycliste mais les gens à tuer les ours en réinsertion dans le massif pyrénéen. Curieuse mentalité. Gilbert m’explique que les fermiers de cette région sont très pauvres et qu’un ours peut décimer un troupeau de moutons en très peu de temps. En attendant, je ne croise aucun ours sur la pente et atteins le col à 1474 mètres d’altitude après une heure et quart de montée. Gilbert me laisse alors en basculant sur Argelès Gazost quand moi je m’engage sur la route des crêtes menant à l’Aubisque. Le panorama exceptionnel du cirque du Litor me donne des frissons. Je n’avais encore jamais vu une telle merveille dans les Pyrénées. Dix kilomètres plus loin, je hisse ma carcasse au col d’Aubisque à l’altitude 1709. C’est la Cima Coppi de mon Tour de France. C’est également le dixième et dernier col alors je ne peux rester indifférent à l’idée d’avoir brillamment dompter les Pyrénées. Je bascule en douceur vers Laruns et la vallée glauque d’Ossau. Dans mon cerveau, il y a de nombreux flashs. Comme si la course arrivait à son terme. Paris est pourtant encore à plus d'un millier de kilomètres d'ici mais le fait de voir la haute montagne derrière moi me teinte déjà l’esprit de nostalgie. C’est donc en grand rêveur que je pénètre dans Pau. Encore un jour d’effort avant Biarritz, l’océan Atlantique et la seconde journée de repos…

  • 10/06/09 : Pau – Jurançon – Laroin – Mourenx – Lagor – Maslacq – Sarpourenx – Biron – Orthez – Bérenx – Salies de Béarn – Carresse Cassaber – Auterrive – St Dos – Came – Bidache – Bardos – Briscous – Mouguerre – St Pierre d’Irube – Bayonne – Anglet – Biarritz, 142 km à 23 km/h


Encore une journée avec le vent de face. Et encore une étape vallonnée rondement menée. Je débute fort en prenant la roue d’un rouleur hautain qui mène grand train jusqu’à Mourenx. Ce dernier essaie plusieurs fois de me lâcher mais je suis en trop grande condition pour lui accorder ce plaisir mesquin. Lancé de la sorte, j’enfile les bosses comme des perles. Même l’entrée arrosée dans le tortueux Pays Basque n’y fait rien. Je roule à 23 km/h de moyenne sur les 142 kilomètres reliant Pau à Biarritz. En voyant la chaîne des Pyrénées s’éloigner progressivement, je suis un peu triste. Je déboule comme une balle dans le complexe routier Bayonne – Anglet – Biarritz et m’arrête pour faire gonfler et graisser mon Time au Culture Vélo de l’agglomération. Avant de tomber sur l’Atlantique. Je m’assois tranquillement sur un banc, seul au monde, face à la Rhune et au Jaizkibel, en attendant Gérôme, mon meilleur ami, chez qui je vais passer cette deuxième journée de repos. 1885 kilomètres et 11 cols en quinze jours, tout s’accélère dans mon esprit. Il me reste maintenant une semaine pour rejoindre les plus grands…

  • 12/06/09 : Biarritz – Anglet – Bayonne – Boucau – Tarnos – Ondres – Labenne – Capbreton – Soorts Hossegor – Vieux Boucau les Bains – Messanges – Moliets et Maa – Léon – Magescq – Dax - St Paul lès Dax, 110 km à 21,5 km/h


Le Tour de France est reparti de Biarritz après 36 heures de transit. Entre-temps, le vent a tourné pour rester défavorable. Ajouté au vent contraire, la chaleur commence à s’inviter sur le Tour de France. Résultat : je n’ai roulé qu’à 21,5 km/h de moyenne aujourd’hui sur les 110 kilomètres menant à St Paul lès Dax. Le grand moment de cette journée restera ce retour sur la plage landaise de Vieux Boucau les Bains. C’est ici, en 1991 alors que j’étais encore gamin, que j’avais fait la connaissance de Sylvain, un cyclotouriste soit disant imbattable sur les raids longue distance. Brest – Varsovie, 2600 kilomètres en 23 jours, j’ai grandi dans le cyclisme avec ces chiffres constamment englués dans mon esprit. « Tu ne le battras jamais » me rabâchait petit son odieuse femme ! Dix-huit ans après, je suis pourtant plus que jamais en route pour dépasser cet affolant total dans six jours à Paris…

  • 13/06/09 : St Paul lès Dax – St Vincent de Paul – Laluque – Boos – Rion des Landes – Morcenx – Sabres – Trensacq – Pissos – Moustey – Belhade – Mano – Hostens – Saucats – Léognan – Villenave d’Ornon, 152 km à 22 km/h


Cette 16ème étape était l’une des plus dures du Tour. La raison incriminée : la chaleur ! Il a fait aujourd’hui jusqu’à 32°C à l’ombre sur les routes des Landes. Le vent étant devenu quasiment nul, il n’y avait vraiment pas d’air aujourd’hui pour refroidir le moteur. Je me serai cru dans la fournaise d’une jungle africaine. Le relief étant totalement plat, j’ai joué du pignon fixe. 39x16 de bout en bout. J’ai aussi descendu quatre litres d’eau pour malgré tout finir au bord du malaise après 152 kilomètres à 22 km/h entre St Paul lès Dax et Villenave d’Ornon. Comment les professionnels font-ils pour courir le Tour de France sous un tel cagnard pendant trois semaines en juillet ? Le dopage permet t-il aussi de minimiser les effets dévastateurs de la chaleur sur l’organisme ? Toujours beaucoup de questions pour peu de réponses au final. Le soir au restaurant, je me suis goinfré encore plus que d’habitude, ce qui a provoqué stupéfaction et jalousie chez un couple obèse installé à côté de moi. Paris n’est plus qu’à 750 kilomètres de là…

  • 14/06/09 : Villenave d’Ornon – Bordeaux – Lormont – Bassens – Ambarès – St Vincent de Paul – Cubzac les Ponts – St André de Cubzac – St Antoine – Salignac – Périssac – St Ciers d’Abzac – St Martin de Laye – Guîtres – Coutras – Les Eglisottes et Chalaures – La Roche Chalais – Parcoul – Chalais – Montboyer – Montmoreau St Cybard – Mouthiers sur Boëme – La Couronne, 146 km à 23 km/h


Parce que la météo est détraquée, la canicule de la veille a laissé place à une chaleur moite particulièrement désagréable aujourd’hui. Le temps est couvert, le vent toujours nul mais il fait encore 26 degrés sur la route du Tour. Je traverse Bordeaux au ralenti avant d’enjamber le fameux pont Gustave Eiffel à Cubzac les Ponts. Je me ravitaille à Guîtres devant une vieille locomotive à vapeur exceptionnellement de sortie. C’est le temps du rêve jusqu’à Coutras. Bientôt, le Tour se conjuguera au passé et il ne restera plus que ces quelques lignes que j’écris tous les soirs dans la solitude de ma chambre d'hôtel. Comme Anquetil, je suis un être humain terrorisé par l’horloge du temps. Faire la Grande Boucle à seulement 26 ans en est la cruelle démonstration. Mais la course n’est pas encore finie. Et en quittant la Gironde pour la Dordogne puis la Charente, je reprends un minimum mes esprits pour finir l’étape en boulet de canon. Mes jambes ne répondent plus vraiment dès lors que le profil requiert de l’explosivité mais qu’importe. Je roule encore à 23 km/h de moyenne sur les 146 kilomètres du jour…

  • 15/06/09 : La Couronne – Angoulême – Le Gond Pontrouve – Balzac – Montignac Charente – St Amant de Boixe – Mansle – Bayers – Chenon – Verteuil – Ruffec – Civray – Sommières du Clain – La Ferrière Airoux – Gençay – La Villedieu du Clain – Roches Prémarie Ardillé – Smarves – St Benoit – Poitiers, 137 km à 21,5 km/h


Il fallait bien une journée de pluie sur ce Tour de France et ce fut aujourd’hui. Il a plu sans discontinuité jusqu’au kilomètre 80 à Civray. C’est à partir de ce moment-là que j’ai pu sortir de mon apathie et envoyer les derniers watts qui me restaient à disposition. Avant ça, j’avais tué le temps sous le déluge en pensant à mes 407 kilomètres d’il y a trois ans et au record des 24 heures que tentait Jean-Pascal Roux ce même jour dans la région d’Orange. On s’occupe comme on peut sur la route du Tour, l'important étant de débrancher un maximum de neurones, surtout quand la météo fait des siennes ! A noter que la seule voiture m’ayant éclaboussé aujourd’hui était un véhicule de la gendarmerie… A noter aussi qu’une automobiliste bourgeoise a hurlé sur moi dans le final parce que je ne roulais pas sur un trottoir cabossé censé servir de piste cyclable alors que j’envoyais à près de 40 km/h. En temps normal, je n’aurai rien dit mais la tension nerveuse était telle que je n’ai pu m’empêcher de lui faire un doigt, puis deux doigts et enfin, pour finir en beauté, plusieurs bras d’honneur. J’ai littéralement déchargé ma rage sur cette imbécile et ça m’a fait un bien fou au cerveau. En arrivant à Poitiers, sous un ciel bleu retrouvé, j’étais détendu. Et en me goinfrant une nouvelle fois au restaurant Flunch, je n’avais plus qu’un chiffre en tête. Trois comme trois jours à tenir…

  • 16/06/09 : Poitiers – Bruxerolles – St Georges lès Baillargeaux – Dissay – Vouneuil sur Vienne – Châtellerault – Ingrandes sur Viennne – Descartes – Cussey – Ligueuil – Ciran – Varennes – Loches – Genillé – Le Liège – Montrichard – Pontlevoy – Sambin – Monthou sur Bièvre – Les Montils – Chailles – Blois, 169 km à 24 km/h


Blois après 169 kilomètres rondement mené à 24 km/h de moyenne. J’ai pris vent de face toute la journée mais j’ai reçu pendant près de 70 kilomètres l’aide non négligeable de plusieurs cyclotouristes du club de Ligueuil. Patrice, leur chef de file, m’avait donné rendez-vous à midi à la sortie de Châtellerault. De Châtellerault au Liège, j’ai ainsi pu rouler dans les roues et m’économiser un maximum. Patrice m’a également offert une assiette de pâtes dans un restaurant de Cussey, la ville de Jonathan Hivert qui court à la Skil-Shimano. Au final, ce fut une bien belle journée passée à discuter de tout et de rien. De nos délires de coureur cycliste jusqu’au dopage présent dans le peloton professionnel depuis la nuit des temps. Car le vélo rime toujours au 21ème siècle avec doping, mafia et corruption. Et ce n’est pas moi, modeste coureur amateur, qui vais y changer quelque chose. Tant qu’il y aura des niais pour croire aux performances de personnages comme Lance Armstrong, le cyclisme n’avancera pas. Les vrais champions ne sont pas ceux que Laurent Fignon vous présente sur France Télévisions chaque été. Les vrais champions se nomment Jean-Pascal Roux, Guillaume Prébois ou Thierry Bientz mais ils ont le défaut de courir à l’eau claire et, par la force des choses, on ne vous en parle pas…

  • 17/06/09 : Blois – St Dyé sur Loire – Muides sur Loire – St Laurent Nouan – Cléry St André – St Hilaire St Mesmin – St Pryvé St Mesmin – Orléans – St Jean de Braye – Loury – Chilleurs aux Bois – Pithiviers – Malesherbes – Nanteau sur Essonne – Tousson – Oncy sur Ecole – Milly la Forêt – Cély en Bière, 154 km à 23,5 km/h


J’ai passé une nuit horrible. Hier soir, une jeune insolente au Formule 1 de Blois a refusé l’accès de mon vélo à ma chambre. Elle ne me proposait que de le laisser dehors à la merci de tout le monde. C’est seulement après avoir violemment insisté qu’elle a daigné le ranger dans un pseudo cabanon derrière l’hôtel. J’ai dormi toute la nuit avec cette idée de ne pas retrouver mon Time au petit matin. Je n’ai par conséquent pas bien dormi. Aujourd’hui, il est temps d’en finir avec toutes ces tensions en rentrant sagement à mon domicile célysien. Car sur le Tour de France, vous êtes tellement recroquevillé dans votre bulle que vous avez l’impression que tout le monde est ligué contre vous pour vous mettre des bâtons dans vos roues. Cela va de la restauratrice qui met un siècle à vous servir jusqu’à cette hôtelière qui refuse votre vélo en passant par les automobilistes qui vous frôlent quotidiennement en vous insultant copieusement de dopé. Il ne fait pas bon de faire du vélo sur les routes de France mais ça je le savais déjà avant de m’engager sur le Tour. Ce que je ne savais pas, c’est que je serai encore en si bonne condition physique à 300 kilomètres de Paris. Je roulotte sur les bords de Loire jusqu’à Orléans avant de tout envoyer sur la N152. C’est un énième retour vers le futur. Orléans, ville synonyme de mon premier 200 kilomètres il y a neuf ans lorsque j'étais encore un jeune incompris dans mon maudit lycée. Orléans, ville tremplin à mes 407 kilomètres nantais du 15 juin 2006. Orléans, dernière grande ville avant Paris sur ce Tour de France ! 90 kilomètres plus loin, je rentre dans un contexte spécial à Cély en Bière. Je serre le poing mais pas totalement car il faut encore finir le travail demain sur les Champs…

  • 18/06/09 : Cély en Bière – Fleury en Bière – St Martin en Bière – Fontainebleau – Avon – Vulaines sur Seine – Héricy – Fontaine le Port – Sivry Courtry – Blandy – Moisenay – St Germain Laxis – Réau – Savigny le Temple – Saintry sur Seine – Corbeil Essonnes – Etiolles – Soisy sur Seine – Draveil – Vigneux sur Seine – Montgeron – Villeneuve St Georges – Maisons Alfort – Charenton le Pont – Vincennes – Paris, 138 km à 26 km/h


Pour cette dernière étape, je peux compter sur le soutien de trois de mes coéquipiers de mon club de Ponthierry-Pringy. En effet, Frédéric m’accompagne jusqu’à Paris quand Stéphane et Christophe s’arrêtent après 70 kilomètres à Nandy au moment d’enclencher la remontée finale sur la capitale. Ca roule par conséquent très fort toute la journée. Je suis pressé d’en finir alors j’envoie sévère une fois que je me retrouve avec Frédéric aux portes de Paris. Je pénètre dans la plus belle ville du monde à 40 km/h par le bois de Vincennes. Il n’y a pas d’émotion particulière pour la simple et bonne raison que je ne réalise pas vraiment ce qu’il m’arrive, cette 21ème étape n’étant qu’une journée de vélo de plus lors de ces trois dernières semaines ! Je pense à mes grands-parents qui vivaient tout proche d’ici au boulevard Voltaire. Je pense aussi à ma mère qui m’a mis au monde il y a 26 ans dans un petit hôpital du 20ème arrondissement à quelques encablures de là. Bébé, j’étais tellement amoindri par des virus intestinaux que les médecins me prédisaient « un physique faible ». Qu’est-ce que la vie sinon un combat perpétuel ? Aujourd’hui est le plus grand jour de mon existence, la concrétisation de tous mes rêves en une seule journée ! Je mets K-O toute la médecine d’un coup. De ma plus tendre enfance jusqu’à aujourd’hui avec le syndrome rotulien soit disant fatal à mes rêves démesurés. J’écrase également les 2600 kilomètres du Brest – Varsovie de Sylvain. Et puis j’assomme de façon générale tous mes détracteurs. OK, je n’ai pas fait le parcours officiel du Tour de France avec « seulement » 2891 kilomètres et 11 cols parcourus sur la même période. Il manquera toujours 600 kilomètres et une dizaine de sommets par rapport au « vrai » Tour. Mais est-ce vraiment si important que cela lorsque l’on a roulé seul pendant trois semaines sans la moindre assistance en portant quotidiennement ses affaires sur son dos ? Je ne crois pas personnellement. Mais chacun est libre de penser ce qu’il en veut. Je finis ma Grande Boucle sur les Champs-Elysées comme à la parade en brandissant fièrement mon vélo face à l’Arc de Triomphe. A partir de ce moment précis, je sais juste que le Tour de France appartient désormais au passé et que plus rien ne sera jamais comme avant…


  • Bilan du Tour de France 2009 :

21 étapes en 23 jours seul et sans assistance, 2891 kilomètres et 11 cols parcourus en 130,82 heures à la moyenne horaire de 22,1 km/h !!!


  • Remerciements : 

A mes parents, mon frère, mon toutou, mes cousines, Gérôme Strazel, Sébastien Thiery, Laurent Chartrain, Olivier D'Aries, Guillaume Roquette, Yannis Auguste, Charles Cottin, Aurélien Jagla, Fabrice Ferry, Anthony Dubois, Sébastien et Benoit Larché, Yves Tapin, Jean-Philippe Lechein, Fabien Le Houezec, Olivier Leguay, mes collègues cheminots, mes coéquipiers cyclistes, les gens qui m'ont accompagnés sur ce Tour de France (Fred, Jean-Luc, Stef, Cricri et l'école de cyclisme de Ponthierry-Pringy, Stéphane de Lausanne, Jean-Marc de Sallanches, Gilbert de Pau, Patrice et son club de Ligueuil), velo101.com, Jean-Pascal Roux, Guillaume Prébois, Roger Federer, ceux que j'ai malencontreusement oubliés mais qui restent dans mon coeur ! 

 

  • Vidéos :

Première semaine

Deuxième semaine

Troisième semaine


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