Alixan - Orange

Après le Tour du Mont Blanc et Ambérieu - Avignon, je vise le hat-trick en ce mois d'août 2010 entre Alixan et Orange. Mais les forces commencent à me manquer à l'heure d'une nouvelle grande course par étapes dans les Alpes. J'ai adapté mon itinéraire en conséquence. Exit les grands cols mythiques que je ne reverrai probablement plus cette année, j'en ai déjà gravi assez depuis mai...

Il fait une chaleur écrasante à la descente de mon TGV dans l'agglomération valentinoise. Je mets cap directement sur Bourg de Péage puis le pays de Royans, véritable porte d'entrée du massif du Vercors. A Pont en Royans, j'attaque le col de Pra l'Etang et ses pourcentages effrayants sous un soleil de plomb. L'ascension, longue de 16 kilomètres, tourne au supplice. Je suis content de basculer à 1267 mètres d'altitude, mais à peine descendu à Rencurel qu'il faut déjà remonter au col de Romeyère. Aujourd'hui, point d'éboulement, ce dernier est ouvert, mais l'éclairage est obligatoire versant nord pour traverser un long tunnel caverneux. A la façon d'un coureur cycliste professionnel exagérément assisté, j'arrête une voiture afin qu'elle puisse m'éclairer plein phare dans cet endroit inhospitalier. Derrière, la vallée de l'Isère m'attend déjà, ainsi que le repos à Fontanil-Cornillon...

Federer, qui a mis près de trois heures pour battre un guignol américain en finale de Cincinatti, a plombé mon repas et ma soirée. Je ne dors pas très bien. La canicule vient rajouter de la fatigue. Le lendemain, au départ de Lus la Croix Haute, une journée abominable m'attend. Pas un mètre de plat jusqu'à Gap. Sans jambe et sous un temps couvert, je souffre du début à la fin. Je n'escalade qu'un nouveau col sur les 120 kilomètres, le très reculé col de Mens. Dans le final, je me retrouve une nouvelle fois cloué dans les pourcentages terribles de Bayard. Si le Ventoux est mon rêve, Bayard est mon cauchemar. Sans charme, ni panorama, surchargé de voitures, et abordé toujours après une grande journée de baston dans les Alpes, il vous achève sans pitié. Lot de consolation, Gap est juste derrière, au bas de la descente...

La nuit dans la préfecture des Hautes-Alpes n'a rien apporté de nouveau. Je suis toujours faible et légèrement enrhumé. Mais pas encore suffisamment pour renoncer. Le mental relaye le physique dans ces moments-là, c'est le propre des plus grands. Les cols du Reychasset, de Pierre Vesce et de Perty sont au menu. C'est copieux mais heureusement pas trop pentu, excepté les deux derniers kilomètres inhumains de Pierre Vesce où mon corps suinte de partout. Sur la route d'Orange torpillée par le cagnard, je frappe de nouveau un grand coup dans le massif des Baronnies. Le Ventoux ne peut que constater les dégâts. Un contre-la-montre s'enclenche dans la vallée de l'Ouvèze lorsqu'un vieux scooter me double avec fracas. Il emmène dans sa roue une femme qui pourrait être Jeannie Longo tellement elle est facile sur sa monture. Vent de face, c'est le bon train à prendre... qui va pouvoir m'éviter de chasser un peu plus loin le seul TGV de l'après-midi au départ d'Orange. Nous voilà déjà à Buis les Baronnies lorsque les lévriers s'arrêtent sur le bas côté, direction Vaison la Romaine maintenant. Je ne me sens pas bien du tout. Les derniers kilomètres par 40°C au soleil sur l'infâme D975 sont parcourus au ralenti. Il faut juste mettre le turbo un court instant dans Camaret sur Aigues pour ramener à la raison une racaille des champs parcourant ses 500 mètres quotidiens à bicyclette pour aller chercher ses clopes au tabac du bourg. C'est aussi ça la France d'aujourd'hui...

J'arrive à Orange totalement lessivé et fonce directement au cimetière où je me rappelle au bon souvenir du Tour de France 2009. Le point d'eau salvateur est toujours là. La douche qui suit est un pur moment de bonheur dans cette fournaise provençale. Ces 380 kilomètres en 3 jours dans les Préalpes m'apportent une 3ème course par étapes de rang et une 16ème en carrière. La barrière mythique des 100 cols en une année tombe également. Ca commence à faire beaucoup pour cette seule saison 2010. Mais c'est somme toute logique lorsque l'on passe son été à ferrailler dans les Alpes. Jusqu'où ça peut aller ? 130, 140 ou 150 cols ? Le propre d'un grimpeur hors norme est de ne pas connaître ses limites. Et donc de ne pas pouvoir répondre à ce genre de question...

 

  • Le parcours :

22/08/10 : Alixan - Bourg de Péage - St Nazaire en Royans - St Thomas en Royans - St Jean en Royans - St Laurent en Royans - Ste Eulalie en Royans - Pont en Royans - St Gervais - St Quentin sur Isère - Veurey Voroize - Fontanil Cornillon, 119 km

23/08/10 : Lus la Croix Haute - Lalley - Tréminis - St Baudille et Pipet - Mens - Cordéac - Pellafol - Monestier d'Ambel - Ambel - Chauffayer - La Fare en Champsaur - Gap, 120 km

24/08/10 : Serres - Montrond - Eyguians - Orpierre - Villebois les Pins - Montauban sur l'Ouvèze - St Auban sur l'Ouvèze - Ste Euphémie sur Ouvèze - Buis les Baronnies - Pierrelongue - Mollans sur Ouvèze - Entrechaux - Crestet - Vaison la Romaine - Camaret sur Aigues - Orange, 141 km

 

  • Total : Alixan (26) - Orange (84) par Fontanil Cornillon (38) et Gap (05), 380 kilomètres parcourus et 8 cols escaladés en 3 jours !

 


Chargement des images ...
loading
Km 050, Pont en Royans (38) Km 067, Col de Pra l'Etang (38) Km 157, Col de Mens (38) Km 198, Monestier d'Ambel (38) Km 232, Col Bayard (05) Km 259, Orpierre (05) Km 291, Col de Perty (26) Km 372, Camaret sur Aigues (84)
© Thierry Bientz - 2019 © Code & Design by LBIE