Tour d'Espagne 2012

  • Avant-course : 
Mardi 8 mai 2012, San Sebastián, 12h50 : je suis au départ de mon premier Tour d'Espagne seul et sans assistance ! La veille, j'ai dormi à Bayonne après un prologue de 117 kilomètres autour du bassin d'Arcachon pour débloquer le moteur. La Vuelta est mon rêve depuis trois ans, depuis que j'ai réussi à boucler mon premier Tour de France. Mais entre le rêve et la réalité, il y a un monde. Je voulais un sponsor et une voiture pour l'accomplir, on ne m'a donné que du mépris. Alors j'ai reporté mes ambitions sur Paris - Nice, le Dauphiné et une seconde Grande Boucle. Avoir terminé toutes ces courses hors norme a boosté ma confiance. Je sais maintenant que j'ai la Vuelta dans les jambes. Ne reste plus qu'à dompter les à-côtés : c'est-à-dire la langue, les coutumes et les pièges de l'Espagne !
  • 08/05/12 (1ère étape) : San Sebastián - Bilbao, 171 kilomètres à 22 km/h
Comme pour le Tour de France, je me fais tout petit au départ de San Sebastián. Je ressemble d'ailleurs davantage à un touriste en vacaciones qu'à un cycliste en quête d'exploit. Mon Time Edge Translink ainsi que mon petit sac à dos contenant le strict minimum pour rouler efficacement m'accompagnent comme toujours dans ces grandes expéditions. Le départ est spécial car je ne trouve pas mon chemin pour sortir de San Sebastián. Alors je m'enfuis par l'autoroute. Trois kilomètres, juste le temps de me faire klaxonner par un abruti de français en 4x4 et je tombe sur cette fichue N634 censée m’emmener à Bilbao. Cette première étape au Pays Basque est longue et tortueuse. En rodage, je souffre dans les innombrables bosses de la région. On s'envole constamment sur le Golfe de Gascogne avant d'y replonger, c'est éreintant. A Gernika Lumo, au moment de bifurquer plein sud dans les terres, je coince. Et je hurle de rage dans le dernier alto de la journée menant à Amorebieta. J'arrive épuisé d'entrée à Bilbao après 171 kilomètres extrêmement vallonnés. Au restaurant, je me concentre pour ne pas rendre directement mon repas. Une journée terrible qui en appellera d'autres...
  • 09/05/12 (2ème étape) : Barakaldo - Las Rozas de Valdearroyo, 126 kilomètres à 18 km/h 
La deuxième étape menant à Las Rozas de Valdearroyo est aussi vallonnée. Après un départ musclé, j'espère récupérer un peu. Il n'en sera rien à cause du vent de face, une donnée avec laquelle je devrai composer de nombreux jours sur cette Vuelta. La sortie de Balmaseda indique l'entrée en Castille et León. Les forêts de hêtres encastrées dans un vert basque laissent place aux grands espaces américains marrons, dignes décors de Far West ! L'agitation de la côte s'efface elle au profit d'un silence intimidant. En franchissant le Cabrio à 780 mètres d'altitude, je bascule de l'autre côté de la cordillère cantabrique. Je roule plein ouest jusqu'à l'Embalse del Ebro, le plus puissant des fleuves espagnols. Cette deuxième étape s'arrête à Arroyo après 126 kilomètres, un des huit hameaux composant le village de Las Rozas de Valdearroyo me précise le sympathique gérant de l'hôtel La Lobera. En tant que seul client de son hôtel en ce jeudi 9 mai 2012, il me confie aussi : "Il n'y a pas beaucoup de passages ici au printemps, juste quelques anglais prenant le bateau à Santander pour rallier le sud du pays et des gars comme toi partant à l'aventure". Le soir, je mate Federer - Raonic sur Marca TV. Après 2h30 de boxe, je comprends déjà toutes les phrases tennistiques espagnoles...
  • 10/05/12 (3ème étape) : Las Rozas de Valdearroyo - Puerto de Piedrasluengas, 139 kilomètres à 19,5km/h                               Puerto de Palombera 1260m et Puerto de Piedrasluengas 1354m
La troisième étape courue en Cantabrie est caniculaire. On bat des records de chaleur dans le nord du pays pour un 10 mai. M'élançant à 800 mètres d'altitude, je ne ressens pas les effets dévastateurs du cagnard dans le Puerto de Palombera. Mais en plongeant sur Valle de Cabuérniga au meilleur de la journée, je comprends rapidement que je vais souffrir. En difficulté dans le petit Alto de Carmona, je m'arrête d'ailleurs une demi-heure à une fontaine de Puentenansa pour me réhydrater. Les 38 kilomètres d'ascension menant au Puerto de Piedrasluengas se dressent alors devant moi comme le premier grand col de ce Tour d'Espagne. Un col roulant mais interminable où sueur et sang ruissellent abondamment le long de mon visage comme pour me rappeler que ce début de Vuelta est terrible. Plus les kilomètres passent et mieux je grimpe. Je finis même au sprint en emmenant un braquet démesuré sur le haut. Au Piedrasluengas où se confond le climat océanique de la Cantabrie et celui méditerranéen de la Castille et León, je commence à trouver mon rythme...
  • 11/05/12 (4ème étape) : Potes - Langreo, 161 kilomètres à 20 km/h
    Puerto de San Glorio 1609m et Puerto de Tarna 1492m
Au départ de Potes, magnifique village médiéval au pied des Picos de Europa, je pars pour une très longue quatrième étape vers la banlieue d'Oviedo. Un kilomètre sur le plat et c'est déjà le pied de l'ascension du Puerto de San Glorio, seule porte de sortie vers les Asturies. A la descente du lit, le San Glorio perché à 1609 mètres d'altitude se révèle difficile. Après deux bonnes heures de galère, je repasse sur les hauts plateaux de Castille et León. Le décor photogénique de l'Embalse de Riaño m'invite à l'évasion. Les voitures sont absentes et le calme impressionnant jusqu'au Puerto de Tarna. Une très grande descente m'attend alors jusqu'à Langreo où je finis dans la fraîcheur après avoir envoyé très fort. Le transfert en train à Oviedo est long et je n'arrive qu'à 20 heures à mon hôtel. Pas grave, en Espagne on dîne tard...
  • 12/05/12 (5ème étape) : Oviedo - Gijón, 110 kilomètre à 20 km/h
En deux jours, le thermomètre a perdu une vingtaine de degrés. Sous un ciel menaçant, il fait à peine 15 degrés au départ d'Oviedo. L'étape asturienne dite de récupération n'est qu'un trompe-l'oeil. Vers Gijón, je n'arrête pas de monter et descendre. N'ayant pas emmené d'affaires chaudes, faute de place dans mon petit sac à dos, je roule toute la journée en tremblotant. Et ce n'est pas le passage dans la cité portuaire d'Avilés, mini-réplique du Havre, qui va me réchauffer. Ni l'atteinte du Cabo de Peñas, pointe la plus septentrionale des Asturies, où la mer Cantabrique déchaînée vient s'écraser sur des falaises hautes d'une centaine de mètres ! Je finis en roue libre sur la playa San Lorenzo de Gijón en me disant juste "une journée de gagnée".
  • 13/05/12 (6ème étape) : Campomanes - León, 111 kilomètres à 18,5 km/h
    Puerto de Pajares 1379m, Brañillín 1454m, Collado de Cármenes 1337m et Alto del Rabizo 1160m
La sixième étape qui mène plein sud en Castille et León me permet de retrouver un peu de chaleur. Les nuages s'effacent en effet à la sortie des Asturies au sommet de l'incroyable Puerto de Pajares et son dernier kilomètre à 13% où un camion suffoque encore davantage que moi. Je poursuis vers le Cuitu Negru comme la Vuelta officielle. Mais la DDE espagnole n'ayant toujours pas asphalté les pourcentages inhumains du final, je suis contraint de rebrousser chemin à la petite station de Brañillin. Le beau temps étant de retour, je retrouve le moral en fin de journée marquée par les ascensions de Cármenes et du Rabizo entrecoupées par le passage divin dans les gorges de Vegacervera. J'atteins León en fin d'après-midi, ce qui me permet de suivre la finale du Masters 1000 de Madrid où Federer s'impose au terme d'un match des plus accrochés contre ce chien de Berdych ! Comme Rodgeur, je suis en mission en Espagne à la recherche du leadership...
  • 14/05/12 (7ème étape) : León - Valladolid, 163 kilomètres à 23,5 km/h
De León à Valladolid, c'est l'étape plate par excellence. Celle qu'on retrouve souvent sur le Tour entre deux massifs montagneux. Et celle qui n'existe quasiment jamais sur la Vuelta tellement le relief y est tourmenté. A travers les champs jaunes et rouges, je roule fort sur cette N601 aussi rectiligne que surchauffée. En France, cette septième étape aurait été celle de tous les dangers au niveau de la circulation. En Espagne, il n'en est rien. La sérénité des automobilistes ibériques m'impressionne depuis le départ de San Sebastián. Ils attendent derrière moi, puis, quand c'est possible, me dépassent sans faire le moindre geste d'humeur. Ils klaxonnent aussi légèrement dans les cols, mais seulement pour m'encourager. Le soir à l'hôtel, les réceptionnistes s'intéressent à mon Tour d'Espagne. On échange aussi bien en espagnol qu'en français. Avec mon maillot Once, ils me surnomment tous Laurent Jalabert. C'est le cas de Iñaki, un jeune aragonais affable venu chercher du travail à Valladolid : "L'Espagne traverse une crise grave due à une politique catastrophique menée depuis l'an 2000. Il n'y a plus rien à faire dans notre pays si ce n'est aller à la playa et en discoteca !"
  • 16/05/12 (8ème étape) : Valladolid - Burgos, 150 kilomètres à 21 km/h
Après une journée de repos tranquille à Valladolid, la remise en marche a été des plus difficiles vers Burgos pour cette deuxième et déjà dernière étape plate. Cherchant en vain un vélociste la veille pour graisser ma chaîne dans le centre de la capitale de Castille et León, je n'ai trouvé que le charme de ravissantes espagnoles allongées sur les plages du río Pisuerga. Le romantisme s'est poursuivi le soir à l'hôtel où deux ibériques souhaitaient pousser la causette avec moi jusqu'au bar. Il m'a été alors difficile de leur expliquer que j'étais ici en mission à l'assaut de ma première Vuelta a España et que la règle de base sur les Grands Tours était "no alcohol, no sexo". J'ai ensuite rêvé toute la nuit de cette chaleur humaine, de ce pays qui m'a toujours fasciné mais où je n'osais m'aventurer auparavant à cause de la barrière de la langue. Chaque jour qui passe, je tombe un peu plus amoureux de l'Espagne. Je m'y sens bien. Tellement bien qu'à Tordómar j'ai même demandé ma route à deux personnes âgées assises sur un banc. J'ai atteint Burgos après 150 kilomètres vers 18h30. Berceau de la Vieille Castille avec sa célèbre cathédrale qui attire des milliers de visiteurs, Burgos se divise en deux parties de part et d'autre du río Arlanzón : la vieille ville, sur la rive occidentale, et le quartier moderne, sur la rive orientale où j'ai très bien dormi.
  • 17/05/12 (9ème étape) : Burgos - Estación de Valdezcaray, 137 kilomètres à 21,5 km/h
    Alto El Matorro 1160m, Alto de Valmala 1195m, Puerto de Pradilla 1245m et Estación de Valdezcaray 1572m
Entrer ou sortir des grandes villes espagnoles sans emprunter d'autovias se révèle chaque jour une mission compliquée. J'ai tourné 20 bornes dans l'agglomération de Burgos avant de trouver mon chemin sur la N120 pour Logroño. Cette étape de moyenne montagne dans la Sierra de la Demanda a tenu toutes ses promesses. Passé Arlanzón, je me suis retrouvé à nouveau seul au monde. L'Alto El Matorro, de Valmala et de Pradilla ont débloqué le moteur et j'ai pu envoyer les watts vers la station de Valdezcaray, terme de cette 9ème étape atteint sans trop de difficultés. Valdezcaray perchée à 1592 mètres d'altitude face au San Lorenzo, deuxième plus haut sommet des monts ibériques, apparaît au bout de la magnifique valle del Oja. Cette dernière est le petit bijou de la région Rioja, une des plus petites et plus pauvres d'Espagne. Le soir, j'ai enfin pu graisser ma chaîne chez un vélociste de Santo Domingo de la Cazalda. L'homme n'en revenait pas qu'un jeune français puisse courir le Tour d'Espagne : "Hey Jalabert, la France est un pays merveilleux alors que l'Espagne n'est rien, pourquoi n'empiles-tu pas plutôt les Tours de France ?". Je lui ai répondu que, si la France était soit disant aussi merveilleuse que ça, Jaja n'aurait pas fait les trois quarts de sa carrière de l'autre côté des Pyrénées...
  • 18/05/12 (10ème étape) : Santo Domingo de la Cazalda - Pamplona, 160 kilomètres à 20,5 km/h
J'ai mal dormi à Santo Domingo de la Cazalda. Mon Time Edge Translink dans un parking public du centre aussi. L'hôtel El Corregidor est une honte. Personnel aimable comme une porte de prison, literie inconfortable, desayuno aussi minuscule qu'infecte, tarif prohibitif avec en prime quatre euros à sortir de sa poche pour aller entasser son vélo soi-même dans un lieu accessible au moindre ladrón, l'établissement a bien compris tout le business qu'il y avait à faire en étant placé sur le célèbre camino de Santiago ! Je longe d'ailleurs ce dernier toute la journée jusqu'à Pamplona. Cette 10ème étape est extrêmement difficile avec le vent de face qui sévit comme souvent sur ce Tour d'Espagne. Je suis à la dérive dans l'Alto del Perdón non référencé sur le parcours qui précède l'arrivée dans le fief de Miguel Indurain. Dans la descente, je prends la roue d'un cycliste local. Comme souvent en Espagne, on finit sur l'autovia pour pénétrer directement en centre-ville. J'atteins le coeur de la Navarre extrêmement fatigué après 160 kilomètres de lutte. Perché au sixième étage d'un hôtel archaïque, je dors sur l'avenue bruyante de Pio XII...
  • 19/05/12 (11ème étape) : Pamplona - Jaca, 153 kilomètres à 23 km/h
Les Pyrénées sont là comme juges de paix de ma première Vuelta a España. Le temps est orageux au départ de ce 11ème jour de course. Pendant 40 bornes, je roule à fond, vent dans le dos, pour fuir les intempéries. A mi-étape, je suis rattrapé par le déluge dans le Puerto de las Coronas. C'est le chaos dans les gorges de l'Esca où la foudre s'abat à quelques centaines de mètres de moi. Je prends panique n'ayant aucun endroit pour m'abriter. Passé Berdún, la météo redevient clémente. Je finis fort jusqu'à Jaca où je reconnais parfaitement les lieux. En effet, j'étais passé ici à l'automne 2009 avec Gérome depuis Biarritz, mon meilleur ami en voiture, pour affronter le Somport et le Portalet. Jaca fut la première capitale du royaume d'Aragon comme en témoigne la citadelle et les fortifications remarquablement conservées. C'est également un haut lieu de pratique des sports d'hiver en Espagne. Je m'endors en regardant Scarface en espagnol. Le gros casse pour moi est prévu dans quatre jours à Barcelone...
  • 20/05/12 (12ème étape) : Jaca - Castejón de Sos, 141 kilomètres à 21,5 km/h
    Puerto de Serrablo 1291m et Collado de Foradada 1020m 
Si la pluie a cessé, le ciel reste menaçant et la température basse pour cette 12ème étape 100% aragonaise courue entre Jaca et Castejón de Sos. L'Aragon est une terre agricole et sauvage, fière de son isolement et de sa vie sans histoire. Le Puerto de Serrablo que l'on atteint sur une départementale minuscule peut en témoigner. En plongeant sur Boltaña, le débit du río Ara m'a momentanément réveillé. J'ai ensuite passé Ainsa pour m'attaquer au Collado de Foradada où, à 1020 mètres d'altitude, il restait étonnamment de la neige sur le bas côté. J'ai ensuite failli perdre le contrôle de mon Time Edge Translink dans une descente à plus de 70 km/h. Une fois la frayeur passée, j'ai repris ma marche en avant vers Campo puis Castejón de Sos en remontant l'Esera. Cette rivière descend tout droit du massif de la Maladeta fortement enneigé fin mai. Mais avec le temps incroyablement mauvais, je n'ai rien pu distinguer. J'ai fini les muscles tétanisés cette 12ème étape par... 12 degrés. Le soir, j'ai encore dû me résoudre à manger du porc et des frites dans le seul restaurant du village. A la longue, même pour une somme modique, ça en devient écoeurant !
  • 21/05/12 (13ème étape) : Castejón de Sos - Rialp, 110 kilomètres à 19,5 km/h
    Coll de Fadas 1470m, Coll de Espina 1407m, Viu de Llevata 1230m, Coll de Perves 1339m et Coll de Bretui 1056m 
Si j'en crois la gentille patronne de mon hôtel, le beau temps doit revenir aujourd'hui vers Rialp. Il n'en sera bien évidemment rien. J'attaque directement le Coll de Fadas après le petit-déjeuner. L'ascension longue de 10 bornes à 5,5% a le mérite de stimuler d'entrée mes réflexes de grimpeur. Même largement entamé physiquement, je retrouve de la force à la simple vue des montagnes à gravir. La Catalogne est sur l'autre versant. Je l'atteins au Pont de Suert où j'enchaîne par le Coll de Perves. Il fait tellement frisquet dans la descente que je m'arrête sous un abribus en compagnie d'un couple de cyclistes bernois en périple depuis deux mois en Espagne. Comme moi, ils sont médusés par les problèmes que le pays traverse : "Il y a des autoroutes et des aéroports partout ici, même dans les Pyrénées où personne ne se déplace, cherchez l'erreur !" Après une heure de discussion animée exclusivement en français, ma première depuis deux semaines de Vuelta, je repars pour Rialp par le Coll de Bretui. La fin d'étape s'effectue en roue libre pour récupérer un peu. J'échange le soir à l'hôtel avec deux automobilistes gersois ayant franchi la Bonaigua dans l'après-midi... sous la neige : "Habitant de l'autre côté des Pyrénées, on n'a jamais vu une telle fraîcheur fin mai, vous êtes vraiment courageux de rouler dans ces conditions extrêmes pour la saison".
  • 22/05/12 (14ème étape) : Rialp - Andorra Alto de la Rabassa, 122 kilomètres à 18 km/h
    Port de Cantó 1725m, Coll de la Peguera 1821m et Andorra Alto de la Rabassa 2020m 
Cette avant-dernière étape est l'étape reine de mon Tour d'Espagne avec deux montées hors catégorie à gravir pour clôturer cette traversée glaciale des Pyrénées. Je débute par le Port de Cantó et ses 20 bornes à 5,5% depuis Sort. J'escalade en douceur, gardant le semblant d'énergie qu'il me reste pour la fin d'étape. Au somment, je bascule dans une nouvelle dimension : bruyante, hurlante, polluée. Je parle là bien évidemment de la vallée de La Seu d'Urgell en direction de la frontière vers Andorre. Un trafic infernal qui me rappelle que la France n'est pas bien loin : le ballet des voitures qui vont et viennent de la Principauté et de ces bus à touristes qui doublent sans la moindre précaution. A Sant Julià de Lòria, je retrouve un peu de répit en attaquant les deux derniers sommets de ma Vuelta. L'Alto de la Rabassa perchée à 2020 mètres d'altitude via le Coll de la Peguera, après 18 kilomètres à 6%, est également la Cima Coppi de mon troisième Grand Tour. J'envoie tout, ou plutôt tout ce qu'il me reste sur la pente où le froid ambiant m'empêche de transpirer. Au sommet, je lâche un grand cri et une petite larme. Les Pyrénées sont vaincues ! Il ne me reste plus qu'à finir le travail demain vers la Méditerranée...
  • 23/05/12 (15ème étape) : La Seu d'Urgell - Barcelone, 202 kilomètres à 24,5 km/h

J'ai passé la nuit à rêver de Barcelone. En quittant ce matin La Seu d'Urgell, je sais que c'est le dernier jour, mes dernières souffrances. Iil n'y a plus à réfléchir, ni à s'économiser. Je roule à fond sur le grand plateau. J'ai 200 bornes à fracasser pour atteindre la capitale catalane. Le parcours relativement accidenté de cette 15ème et ultime étape me fait souffrir. Comme la température remontée d'une quinzaine de degrés par l'effet conjugué de l'ensoleillement et du retour en plaine. Qu'importe ! A Manresa, après 125 kilomètres, la circulation devient infernale. Je dois rester vigilant pour finir entier la journée. Je pénètre dans Barcelone depuis Sant Cugat del Vallès par la montagne de la Collserola. Les cinq derniers kilomètres sont en descente à l'image du Poggio de San Remo, ce qui me permet de savourer pleinement l'exploit. Je conclus mon premier Tour d'Espagne comme à la parade en défilant successivement sur la Rambla, le vieux port puis devant le Camp Nou, ce stade mythique d'Europe qui petit m'émerveillait ! L'émotion est palpable, énorme, monumentale, indescriptible. Je me remémore toutes ces douleurs endurées depuis le Pays Basque et constate ce soir qu'elles ne pèsent plus rien comparé à mon bonheur simple et égoïste. Le 23 mai 2012, à 19h00, je décroche à Barcelone mon troisième Grand Tour en quatre ans, mon premier hors de France et le doublé Tour - Vuelta en 368 jours ! La conquête d'un nouveau monument du cyclisme débute toujours là où le précédent s'achève. Je me tourne donc naturellement vers la colonne Christophe Colomb. Son bras droit tendu vers la Méditerranée m'indique le chemin à suivre pour marquer définitivement l'histoire de mon sport : le défi des trois Grands Tours en trois ans se jouera bien au printemps prochain en Italie...
 

  • Bilan du Tour d'Espagne 2012 :

15 étapes en 16 jours seul et sans assistance, 2156 kilomètres et 22 cols parcourus en 103,56 heures à la moyenne horaire de 20,8 km/h !!!

  • Remerciements :  

A ma famille, à mes proches, aux sympathiques personnes rencontrées sur la route, aux gens qui me suivent et à mon étoile qui m'a convaincue que courir un Grand Tour hors de France était possible...


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Km 003, San Sebastián (Espagne) Km 055, Zumaia (Espagne) Km 171, Bilbao (Espagne) Km 206, Balmaseda (Espagne) Km 297, Las Rozas de Valdearroyo (Espagne) Km 321, Puerto de Palombera (Espagne) Km 436, Puerto de Piedrasluengas (Espagne) Km 464, Puerto de San Glorio (Espagne) Km 493, Riaño (Espagne) Km 521, Puerto de Tarna (Espagne) Km 597, Oviedo (Espagne) Km 707, Gijón (Espagne) Km 750, Collado de Cármenes (Espagne) Km 818, León (Espagne) Km 863, Valencia de Don Juan (Espagne) Km 968, Fuensaldaña (Espagne) Km 981, Valladolid (Espagne) Km 1131, Burgos (Espagne) Km 1190, Alto de Pradilla (Espagne) Km 1268, Estación de Valdezcaray (Espagne) Km 1329, Viana (Espagne) Km 1581, Jaca (Espagne) Km 1668, Boltaña (Espagne) Km 1722, Castejón de Sos (Espagne) Km 1732, Coll de Fadas (Espagne) Km 1759, El Pont de Suert (Espagne) Km 1794, Coll de Bretui (Espagne) Km 1852, Port de Cantó (Espagne) Km 1935, Sant Julià de Lòria (Andorre) Km 1954, La Rabassa (Andorre) Km 2037, Solsona (Espagne) Km 2156, Barcelone (Espagne)
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