Triple Mont Ventoux

Une pyramide de calcaire de 25 kilomètres de long en plein cœur de la Provence. Un crâne dégarni qui culmine à 1912 mètres d'altitude. De la passion, des excès et beaucoup de folie sur ses pentes lunaires. Le Ventoux est la montagne mythique par excellence. Celle qui attise les convoitises et révèle les champions. J'y suis moi-même né un 25 août 2000 dans la chaleur suffocante d'une fin d'après-midi d'été. Mes parents et mon frère étaient là-haut pour mon baptême, sorte d'adoption dans le royaume de la démesure. Premier grand col gravi à seulement 17 ans, mon histoire pouvait réellement commencer...

Je suis revenu neuf fois sur le Ventoux depuis l'an 2000. Arrêté trois fois par la neige à la mauvaise saison, j'ai atteint le sommet à six nouvelles reprises. Ce qui fait du Géant de Provence la montagne que j'ai de loin la plus arpentée, loin devant le Galibier dans les Alpes ou le Tourmalet dans les Pyrénées ! J'y ai conclu au bord du malaise le 3 juin 2005 ma première course par étapes depuis Cély. C'est à ce moment-là que j'ai commencé à songer aux trois ascensions par les trois côtés différents dans la même journée, sorte de passeport de la folie dans la région.

Avec quatre Grands Tours amassés ces cinq dernières années, ne pas posséder cette distinction sur ma carte de visite est devenu au fil du temps une anomalie pesante. Que j'aurai dû réparer dès septembre 2012. Mais que je n'ai pas fait, privilégiant un Tour de Catalogne que j'allais abandonner sous le déluge à Barcelone...

Alors, au moment de revenir à Malaucène le 18 septembre 2013, j'ai les crocs. Même si je suis fatigué par une longue saison harassante qui m'a déjà vu grimper 200 cols dans sept pays différents. Mon ami Romain m'accompagne sur la pente. Comme pour mieux m'aider à affronter cette journée spéciale. J'ai mal dormi et mal déjeuné à l'hôtel. Le démarrage dans le froid est donc difficile. Jusqu'aux gros pourcentages avant le Mont Serein où je me débloque. La première montée par Malaucène est bouclée en 2h08. Nous basculons sur Bédoin où nous nous arrêtons trop longtemps dans un restaurant pour nous recharger.

La deuxième montée par Bédoin à 14h00 s'effectue dans des conditions climatiques excellentes. Passé le virage de St Estève, je me mets à voler sur la pente. Je prends conscience que je suis dans un grand jour. L'observatoire est atteint en 1h50. J'essuie une grosse averse dans la descente avant d'attaquer la troisième et dernière montée par Sault. Je me remémore alors le 25 août 2000 quand gamin je luttais comme un mort de faim pour survivre. Si le Ventoux écrase les hommes, il grandit les champions. Si le Ventoux m’assommait hier, il me respecte aujourd'hui.

Un peu avant 19 heures en ce 18 septembre 2013, j'atteins en 1h49 pour la troisième fois le monumental Mont Chauve. Je finis cette journée avec 141 kilomètres et près de 4500 mètres de dénivelé positif au compteur, effaçant mon record de 4200 mètres établi l'an passé dans les Dolomites sur Thonon - Trieste ! Comme tout cinglé du Ventoux, je termine également fatigué. Fatigué mais pas épuisé. Les courses par étapes m'ont clairement rendu hyper résistant en haute montagne. Si bien que je me mets à rêver au maximum de montées que je pourrai fracasser en 24 heures. Romain et mon frère me parlent de sept. Je pense sensiblement pareil. Sept voire huit si la météo et moi sommes dans un très grand jour ! Mon histoire avec le Géant de Provence est donc encore loin d'être refermée...

 

Le parcours :

Malaucène - Mont Ventoux (2h08) - Bédoin - Mont Ventoux (1h50) - Sault - Mont Ventoux (1h49) - Malaucène : 141 kilomètres

 

Vidéos :

1er Ventoux par Malaucène

2ème Ventoux par Bédoin

3ème Ventoux par Sault


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1er Ventoux par Malaucène 1er Ventoux par Malaucène 2ème Ventoux par Bédoin 2ème Ventoux par Bédoin 3ème Ventoux par Sault 3ème Ventoux par Sault
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